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Il est temps d’enfin dévoiler quel est mon album de l’année 2025 et… ben c’est dans le titre: Bruit ≤, avec The Age of Ephemerality. Et si vous suivez ce blog (ou ma chaîne, Radio-Erdorin) depuis un moment, ça devrait être tout, sauf une surprise.

Bruit ≤, c’est un groupe français – encore des Toulousains – qui proposent depuis quelques années un post-rock instrumental mâtiné d’électro et de néoclassique. Pour moi, c’est un des rares groupes qui arrive à « renverser la table » dans le monde du post-rock.

The Age of Ephemerality présente deux facettes. D’abord, une version album, aux compositions tourmentées parsemées d’anomalies, un peu comme si on écoutait, cinquante ans plus tard, une archive audio endommagée par le temps. Ensuite, un aspect live, où les effets de post-production laissent la place à une énergie brute et une intensité spectaculaire.

En fait, pour en avoir parlé avec les musiciens, c’est dans l’autre sens: ils ont conçu leur musique avant tout pour être jouée en live et, ensuite, ils l’ont arrangée pour l’album. Mais quoi qu’il en soit, les deux facettes sont autant de baffes musicales majeures.

Si Bruit ≤ repart avec le titre, je dois mentionner que le groupe a eu un sérieux concurrent en la personne de Maudits, pour leur album In Situ. Si le groupe parisien propose également un post-rock, mâtiné de néoclassique, il mélange des pistes instrumentales plus brutes avec quelques compositions chantées surprenantes. Il m’a un peu moins marqué, mais ça reste quand même un album de très haut niveau et, au final, ça s’est joué à pas grand-chose.

Voici donc pour l’album de l’année 2025 et son dauphin. Petit rappel sur la méthode: au fil de mes écoutes, je donne des notes sur 5 aux albums sur Apple Music. Si je les chronique, cela signifie qu’ils sont au moins à 3, le plus souvent à 4 ou plus. Tous les albums qui ont au moins 4.5 sont considérés comme dans le top de l’année s’ils sont sortis en 2025. Il y a eu un certain nombre d’excellents albums que j’ai chroniqué cette année, mais qui sont sortis avant; j’en reparlerai plus tard, mais il ne sont pas dans le top.

Post-rock

Pour rester dans le post-rock, je me dois de mentionner le troisième album du trio suisse TALC, sobrement intitulé III. Très solide, il propose un croisement instrumental entre post-rock et space-rock à la Ozric Tentacles. Enfin, je ne peux pas passer sous silence Kauan. Projet russe qui mérite d’être connu, il livre sur Wayhome une musique entre post-metal et prog, alternant passages atmosphériques et explosions orageuses.

Et dans un style connexe, je recommande également dans les sorties de cette année, deux formations belges de post-hardcore: Abur, de Pothamus, parfois proche de Cult of Luna, mais avec un côté tribal; et l’EP De Toorn d’Amenra, deux pistes plus dans un style post-rock, mais suffisamment convaincantes pour me donner envie d’en savoir plus. Enfin, récupéré sur le fil, un autre groupe belge: Psychonaut, dont l’album World Maker mélange avec bonheur metal progressif et post-metal.

Psychédélique

Transition toute trouvée pour passer sur quelques très bons albums tirant vers le psychédélique, puisque mon préféré de cette année est également un EP et également avec des éléments post-rock. Je veux parler de Monkeys on Mars, le projet commun franco-suisse de Mars Red Sky et Monkey3.

Je mentionnerai également Howling Giant et leur album Crucible & Ruin. La formation américaine joue une musique entre stoner lourd à la Mastodon, psyché seventies et rock progressif. C’est à la fois moderne et vintage, puissant et très mélodique. Et pour finir, une bizarrerie venue de Bretagne: Moundrag et son album Deux. Il s’agit là d’un duo de musiciens qui font du rock psychédélique sans guitares. Surprenant, énergique et très enthousiasmant.

Rock progressif

Vu qu’avec le psyché, on a déjà un pied dans le prog, continuons sur ce registre. Ma découverte de cette année, qui prend la première position de cette catégorie, c’est Pachinko, le nouvel album de Moron Police. Il propose un rock progressif moderne, très varié et par moments très proche de la pop. C’est un album très accessible et pourtant super enthousiasmant.

Dans cette catégorie, j’ai écouté beaucoup d’autres albums de qualité cette année. À commencer par The Passing, du musicien québécois Jacob Roberge qui propose un rock progressif très maîtrisé, rappelant parfois le néo-prog du début, parfois Neal Morse. L’artiste ukrainien Antony Kalugin revient avec son projet Karfagen et Omni, un album orienté rétro-prog, globalement classique, mais avec quelques touches de génie

IQ, vétérans de la scène néo-prog British, nous livrent un nouvel opus, Dominion. IQ y fait du IQ: pas beaucoup de surprises, mais beaucoup de compositions longues et c’est très bien fait. Dans un style très similaire, Untold Stories avec Wind and Memories, un groupe de prog originaire de Bulgarie, très proche des sonorités néo-prog des débuts, notamment IQ. Je mentionnerai également Dim Gray, un groupe norvégien qui, avec Shards, livre un prog teinté de folk, avec des ambiances très lumineuses.

Enfin, dans des trucs plus bizarres, Shepherds of Cassini est un groupe néo-zélandais qui propose, avec In Thrall to Heresy, une musique entre prog seventies, psychédélique et metal. Très dense, peut-être un peu long, mais avec des passages de pure magie. Sans oublier Lunatic Soul, projet solo du musicien polonais Mariusz Duda, leader de Riverside. Son dernier album, The World Under Unsun, est un croisement entre prog, électro, ambiante, world music. J’aime beaucoup, mais c’est très long et très dense.

Metal progressif

Passons au metal progressif en commençant par mon coup de cœur de cette année: Out of Step, le nouvel album du groupe français Esthesis. On est ici dans un prog-metal mâtiné de trip-hop, qui me rappelle beaucoup mes chouchous d’il y a dix ans, Naïve. Autant dire que c’est très très bon

Autre groupe français impressionnant, Fractal Universe. Dans The Great Filters, ils balancent un album super maîtrisé, super contrasté entre prog-jazz et tech-djent. Avec A Dark Poem Pt I, Green Carnation se lance dans une trilogie. Revenus récemment après une longue absence, les vétérans norvégiens mélangent néo-prog musclé et prog-metal mélancolique.

Dans un style plus classique, Ophelion est une formation britannique dont l’album The Jaunt est basé sur une nouvelle de Stephen King, dans un style un peu à la Dream Theater / Fates Warning des débuts, très énergique. Toujours en Grande-Bretagne, Ihlo propose, sur leur album Legacy, un style mid-tempo très intense, avec des sonorités djent et une ambiance SF.

An Abstract Illusion, groupe américain, mélange dans The Sleeping City death-metal et metal progressif. Des fois j’aime pas, mais ici, j’aime beaucoup, notamment pour des passages très atmosphériques. Enfin, Rioghan, groupe finlandais qui propose sur Kept un metal progressif très accessible, parfois mélangé à du metalcore vénère et de la pop-folk, mais toujours avec la voix de leur chanteuse éponyme, Rioghan Darcy.

Black / Death-metal

Passons maintenant aux franges les plus extrêmes, surtout en black-metal. Catégorie dans laquelle je placerai tout en haut Grima, avec Nightside. Ce nouvel album du groupe sibérien, continue sur la lancée du black-atmo avec accordéon aux ambiances volontiers épiques. Le groupe n’a cessé de monter en puissance au fil des albums et celui-ci est très réussi.

Le mélange atmo-black et musiques traditionnelles a eu d’ailleurs le vent en poupe cette année, avec notamment le troisième album de Blackbraid, un projet aux sonorités natives américaines, plus agressif que ce que j’écoute d’habitude, mais avec beaucoup de mélodies. Difficile de passer à côté de Saor, le groupe de « metal calédonien », croisement entre black-metal et folk celtique. Sur ce Amidst the Ruins, le mélange est très harmonieux avec beaucoup d’instruments traditionnels.

Anfauglir, projet solo d’un artiste américain, nous a livré cette année (après une longue pause) Akallabêth, un concept-album à la thématique tolkienienne dont le black-metal mélodique lorgne très fort sur le symphonique. Asira sont également revenus après plusieurs années pour nous proposer As Ink in Water. Le groupe britannique s’autoqualifiait autrefois de « pinkgaze » (c’est comme le blackgaze, mais avec plus de couleur) et maintenant plutôt de « blackened-prog », ce qui se défend aussi. C’est surprenant, mais franchement sympa.

Terminons par deux projets sur des sonorités similaires, appelées « cosmic metal »: Eminentia Tenebris, projet français de black-metal mélodique dont le Whispers of the Undying contient ambiances très spatiales renforcées par des tonnes de claviers. Et Labyrinthus Stellarum, formation ukrainienne mélangeant atmoblack et sonorités synthwave, avec des guitares très discrètes. Leur album, Rift in Reality, affiche aussi une thématique SF.

Ambiante

J’aimerais également mentionner deux excellents albums de style plus ambiante – deux projets français, d’ailleurs: Contemplation, avec Au bord du précipice, qui mélange death, black, folk et dub. Oui, ça fait bizarre (et beaucoup), mais c’est très bien. Atmosphérique et hors des sentiers battus. Et Wÿntër Ärvń, pour Sous l’orage noir – L’Astre et la chute. Un album entre néo-folk et néoclassique, avec beaucoup de sonorités traditionnelles et acoustiques, un côté Mike Oldfield et aussi quelques ambiances black-metal.

Les kiffs

Je terminerai cette rétrospective 2025 en mentionnant d’abord deux albums qui, objectivement, ne rentrent pas dans la catégorie « les meilleurs des meilleurs », mais que j’ai beaucoup apprécié quand même. D’abord, le foutraquissime Allo Babar et les Caramboleurs d’Ethmebb, projet français de nawak-metal au format improbable, mélange d’un milliard de genres différents qui se rapproche un peu de Devin Townsend, mais puissance beaucoup, peut-être trop. Ensuite, dans un style presque complètement à l’opposé, l’ultraclassique Skeletá de Ghost. La bande à Tobias Forge, avec sa dégaine de black-metaleux d’opérette, balance ici un album très septante-huitante, entre shock-rock et hard-rock mélodique, qui me parle beaucoup.

Les rattrapages

Enfin, quelques albums écoutés en 2025, mais qui datent d’avant:

  • Aeternam: Heir of the Rising Sun (2022). Du death-metal symphonique au service d’un concept-album sur la chute de Constantinople. On y trouve pas mal de sonorités orientales parfaites pour l’ambiance et le tout est super maîtrisé, très épique.
  • Fierce Deity: A Terrible Fate (2024). Projet d’un multi-instrumentiste australien, cet album propose un metal progressif qui tabasse pour un concept album basé autour de l’univers de Zelda.
  • Philippe Blache: Tristitiam et Metus Tradam Portare Ventis (2024). Ce compositeur français propose sur cet album de la dark-ambiant. Sa musique a un côté musique de film fantastique un peu minimaliste, plus angoissante que terrifiante.
  • Trees of Eternity: Hour of the Nightingale (2016). Projet de groupe doom-goth lancé par le fondateur de Swallow the Sun et la chanteuse Aleah Starbridge, cet album est sorti… après la mort de cette dernière. On a donc une musique poignante où la chanteuse donne l’impression de chanter son propre éloge funèbre.
  • Trigones Plus: L’Ombre de l’horloge (2021) – trio français de rock, parfois progressif, surtout caractérisé par une énergie impressionnante et des parole de très haute tenue.

Voilà pour 2025, qui était bien dense, avec une quarantaine d’albums dans le top final (sur environ 140 chroniqués). Je ne doute pas que j’en ai raté plein, mais l’univers est rempli de trucs géniaux que je ne connais pas. Et c’est ok.

Vous pouvez également retrouver cet article en vidéo, sur YouTube et sur Peertube.

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

Albums de l'année

« Ilion », de Slift, mon Album de l’Année 2024

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