The Tangent: Songs from the Hard Shoulder

Il est des groupes vers lesquels on revient un peu comme une madeleine de Proust. The Tangent est un peu de ceux-ci, voire doublement, comme le prouve leur nouvel album, Songs from the Hard Shoulder.

The Tangent, formation britannique fondée il y a vingt ans par Andy Tillison, propose un rock progressif tendance rétro-prog. On pourrait même dire que c’est le grand-père du rétro-prog – d’où le « doublement » de la madeleine de Proust.

Douzième album studio du groupe, Songs from the Hard Shoulder est prog jusque dans sa structure: une heure et quart, cinq pistes, dont quatre entre seize et vingt et une minutes. Non, ce n’est pas une typo.

Bon, qualifier The Tangent de rétro-prog, c’est juste, mais incomplet: la marque de fabrique du groupe, c’est de se lancer dans des longues compositions inspirées certes par le rock progressif de la « grande époque », mais également par les improvisations jazz.

Et Songs from the Hard Shoulder ne fait pas exception à la règle, au contraire: il se lance à corps perdu dans cet héritage – quitte, parfois, à se perdre, justement.

Quelque part, The Tangent est le digne héritier du prog seventies, à la fois dans ce qu’il a de mieux à proposer, mais aussi dans une forme de complaisance agaçante. On peut avoir l’impression qu’à l’instar de gens qui aiment s’entendre parler, le groupe aime s’entendre jouer.

L’analogie se justifie également quand on sait que The Tangent aime bien raconter des histoires dans ses compositions. Et que, souvent, ces histoires tiennent beaucoup du « stream of consciousness », une sorte de narration de l’état d’esprit du compositeur qui n’a pas toujours un intérêt très défini.

Dit comme ça, ça fait un peu tue-l’amour. Disons qu’il y a du bon et du moins bon dans ce Songs from the Hard Shoulder. Le souci, c’est peut-être qu’il est difficile de séparer clairement l’un de l’autre. Ainsi, un titre comme « The GPS Vultures » peut apparaître comme extrêmement auto-complaisant, mais recèle néanmoins des fulgurances.

C’est un peu ça, le vrai souci de The Tangent. Si on aime le genre, il y a toujours un truc qui va venir pour agacer et, si on n’aime pas, un truc pour regretter. Bon, c’est quand même un style qui est à réserver principalement aux prog-heads, hein?

À signaler – surtout pour les fans de UK – un morceau « bonus » sous la forme d’une reprise de « In the Dead of Night », qui illustre d’ailleurs parfaitement ce que je disais plus haut: elle est bien, mais elle a des parties qui m’agacent.

Je ressors de l’écoute de Songs from the Hard Shoulder avec un sentiment contrasté – comme souvent, ces dernières années, avec les albums de The Tangent. Il y a de très bonnes choses dans cet album mais aussi beaucoup de nombriloscopie, voire de masturbation. Peut-être trop, mais à vous de voir.

Bonus: la version « radio-edit » de « The Changes » (ou, comment réduire un epic de dix-sept minutes en un single de cinq minutes)

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5 réflexions au sujet de “The Tangent: Songs from the Hard Shoulder”

  1. Analyse plutôt partagée. Toutefois, la nombriloscopie n’est elle pas parfois juste un révélateur du plaisir que le musicien prend à délivrer sa musique. Cela relève-t’il de l’égoïsme ou de l’altruisme ? C’est l’auditeur qui sanctionne dans tous les cas !

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    • C’est un peu le fond de ma critique, je dirais. Cet album contient des passages réellement enthousiasmants, mais aussi d’autres ennuyeux, voire gênants. Je dirais cependant qu’à partir du moment où on publie une œuvre, il devrait y avoir quand même un minimum d’intérêt pour le public.

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  2. Belle analyse de The Tangent ! J’avoue que c’est le genre de groupe avec lequel je prends mon pied pendant quelques heures et que je n’écoute plus du tout après. Depuis que je ne reçois plus le catalogue Inside Out en promo, je ne l’écoute plus du tout.

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    • À dire vrai, je ne suis pas certain que je l’aurais acheté si je ne l’avais pas vu à Gibert Musique, où j’ai tendance à acheter à la pelleteuse.

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