Les expressions qui m’énervent: « fiscalité confiscatoire »

Ah, l’automne en Suisse! Les forêts qui rougeoient, les mômes qui retournent en classe, la fraîcheur qui s’installe et les votations qui reviennent. Parmi les objets proposés à la fin de ce mois, une initiative, dite des « 99% », qui me permet de placer une nouvelle expression qui m’agace: fiscalité confiscatoire.

De son vrai nom « Initiative populaire fédérale ‘Alléger les impôts sur les salaires, imposer équitablement le capital’ », lancée par les Jeunes socialistes, elle propose de surtaxer les revenus du capital à partir d’un certain montant, à définir. Et c’est peu près tout: le texte compte trois articles, merci et bonsoir.

Bien évidemment, les « milieux économiques » (= la droite) vient chouiner que c’est la mort, en vrac, de la classe moyenne, des PME, de l’économie suisse et des p’tits oiseaux (c’est même la seule fois où la droite va s’inquiéter de la mort des p’tits oiseaux). En utilisant à tour de bras le terme « fiscalité confiscatoire ».

Vous savez ce qui est aussi confiscatoire? Les revenus du capital.

Ben oui, chaque franc versé aux actionnaires est un franc en moins consacré à l’épuration des dettes de la société, à l’établissement de réserves pour garantir sa pérennité financière, aux investissements pour sa maintenance et son développement. Et surtout, ces quarante dernières années, aux salaires des employés.

Je ne parle même pas de ces entreprises qui se gavent d’aides de l’État et qui en rebalancent une bonne partie à leurs actionnaires. À ce stade, ce n’est plus confiscatoire, c’est du vol pur et simple.

Soyons clair: les riches – les vrais riches, le 1% des fortunes – sont en train de bouffer la planète. Parfois littéralement.

Fondamentalement, il existe deux outils pour les en empêcher: la guillotine (ou tout autre engin à caractère définitif du même ordre, mais la « Bascule à Charlot » a ce petit côté symbolique qui fait toujours bien sur les photos) ou une taxation brutale sur les très hauts revenus.

L’un et l’autre me vont, mais j’ai quand même une petite préférence pour la deuxième solution, moins définitive.

Je veux bien admettre que tout travail mérite salaire et, dans une certaine mesure, que tout investissement mérite également un retour. Mais il faut que cela reste raisonnable. Pour une personne, un revenu annuel de plus d’un million de francs suisses (±20% pour être euro-compatible) me semble être la limite du raisonnable.

Je ne me fais pas beaucoup d’illusions: malgré ses cris d’orfraie, la classe des riches n’a pas grand-chose à craindre de cette initiative. Elle a les moyens de se payer des fiscalistes spécialisés dans les montages offshores et les martingales défiscalisées à grand spectacle. Mais c’est un premier pas.

Et qui sait, ça évitera peut-être à certains un raccourcissement prématuré.

Image par Roland Steinmann de Pixabay

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3 réflexions au sujet de “Les expressions qui m’énervent: « fiscalité confiscatoire »”

    • Le PS est le deuxième plus grand parti du pays (après les ultraconservateurs de l’UDC). Mais c’est vrai que la Suisse reste un pays de droite.

      Répondre
  1. Une amie m’a narré une bien bonne récemment : elle a subi une “sous-évaluation” de sa pension de retraite, ce n’est donc pas une dévaluation, ouf, elle est sauvée ! ^.^

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