Depuis le temps que je suis Jean-Christophe Piot – Padre Pio sur lérézos – et que j’apprécie son travail avec Nota Bene, je suis très content de lire un de ses bouquins, d’autant que Utiliser l’Histoire parle d’un sujet qui me tient à cœur.
Ce sujet, c’est l’utilisation de l’Histoire. Oui, sans blague. Mais, plus précisément, l’utilisation de la matière historique par les personnalités publiques, le plus souvent pour appuyer leurs argumentaires. En général, ce n’est pas un très bon signe. Je suppose qu’il doit exister des contre-exemples, mais ils ne sont pas dans ce bouquin, dont le sous-titre est « Comment les politiques manipulent le passé ».
L’idée de Jean-Christophe Piot, c’est de reprendre une trentaine de citations – un peu plus, en fait – ayant trait à l’Histoire et, pour chacune, de rétablir la réalité derrière les clichés, le roman national et autres mythes. Sans surprise, il y en a plus – BEAUCOUP plus – à droite et à l’extrême-droite qu’à gauche.
Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a de quoi faire! Il y a quelques à-peu-près vaguement compréhensibles (tout le monde ne peut pas être spécialiste en tout, mais la plupart de ces personnages disposent de collaborateurs qui sont censés vérifier ce genre de chose), mais il y a surtout un festival du cliché, quand ce n’est pas de la falsification idéologique pure et simple.
L’organisation des chapitres est chronologique, mais par rapport au sujet mentionné. Ainsi, on commence par les citations sur l’Antiquité (Sparte, Athènes et Rome), puis le fort mal nommé Moyen-Âge (de Clovis à Jeanne d’Arc, en passant par Charles Martel), puis l’époque dite moderne, surtout centrée sur la Révolution et Napoléon, et enfin la période contemporaine.
Si vous êtes comme moi et que vous avez une petite culture historique, de préférence avec une connaissance des enjeux de l’Histoire en tant que science humaine, il y a peu de chance que vous trouviez beaucoup d’éléments surprenants dans les rappels que fait Utiliser l’Histoire. L’intérêt de l’ouvrage est sans doute ailleurs: remettre en contexte (et par l’exemple) certains mécanismes du roman national.
En soi, le roman national n’est pas un problème: les gens ont toujours aimé se raconter des jolies histoires et je suis mal placé, en tant que rôliste et auteur, de les en blâmer. Le souci vient quand il se confond, voire remplace l’Histoire factuelle. Et il ne faut pas se leurrer: un tel remplacement n’est pas gratuit, il a toujours un but idéologique.
Et c’est ce que rappelle Utiliser l’Histoire – non sans un soupçon de malice (si les calembours vaseux, les jeux de mots plus ou moins honteux et les contrepèteries éculées vous ennuient, évitez de le lire). C’est à la fois un ouvrage de déchiffrage politique et, aussi, de vulgarisation historique et je ne peux que vous le recommander.


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