Clans stellaires et sociétés post-monétaires

C’est une idée qui m’est venue au cours des parties jouées ce week-end: j’ai commencé par improviser un truc sur les réputations et l’influence des clans stellaires eyldarin, embrayant sur l’idée que certains endroits (comme l’équivalent d’un hôtel de luxe) n’était accessible qu’à des personnes pouvant se prévaloir de l’accréditation de certains clans. Pour aboutir enfin à la question suivante: pourquoi les échanges des sociétés stellaires seraient-ils uniquement basés sur la monnaie?

Ce n’est certes pas très original: la littérature de science-fiction post-cyberpunk y a déjà pensé extensivement, par exemple avec la Société Bitchun décrite dans Down and Out in the Magic Kingdom. Pour un monde de science-fiction “à l’ancienne” comme l’est Tigres Volants, c’est moins courant; dans ce cas, je vois ce genre d’économie comme une “couche” supplémentaire, qui est surtout utilisée entre clans. L’économie monétaire est toujours importante dans les relations avec le reste de la Sphère.

Je ne vous apprendrai rien en vous disant que les Eyldar de Tigres Volants sont sans doute beaucoup plus proches des Elfes des mondes med-fan que moi-même je n’oserai jamais l’avouer. À vrai dire, je vois leur culture comme ayant gardé un grand nombre de comportements issus d’un système féodal, notamment avec de forts liens entre les personnes et les clans. D’où l’idée d’avoir un système plus ou moins formel gérant les services rendus, l’influence et, de façon plus générale, les relations entre clans.

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“Eastern Standard Tribe”, de Cory Doctorow

Je vous avais prévenu: je suis dans les bouquins de Cory Doctorow, ces jours-ci. Après Down and Out in the Magic Kingdom et avant Someone Comes to Town, Someone Leaves Town, j’ai fini de lire Eastern Standard Tribe. En fait, si Down and Out… était l’image d’un avenir glorieux et transhumaniste, Eastern Standard Tribe est un peu le contraire: un futur proche, ultralibéralisé et en voie de tribalisation – non selon des habitudes ou des goûts communs, mais selon les fuseaux horaires, pour des bêtes questions de biorythme.

La raison pour laquelle je commence par présenter l’univers dans lequel se déroule le roman est qu’à mon avis, comme avec Down and Out…, c’est l’intérêt principal de l’ouvrage. C’est une peu le défaut commun que je trouve à ces deux premiers romans de Doctorow: j’ai du mal à m’intéresser à l’intrigue, pleine de trahison et de maladie mentale, et aux personnages, que je trouve un chouïa fades.

Cela dit, je dois être honnête: l’intrigue gagne ici beaucoup par l’astuce narrative utilisée par l’auteur: proposer deux fils distincts. Le premier fil, à la première personne, est celui du protagoniste qui, alors qu’il est dans une merde noire, raconte dans le second fil et à la troisième personne les événements qui ont conduit à cette merde noire en question. Trahison et tout le toutim.

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Avatar

Histoire de céder à l’hystérie médiatico-geek de cette fin d’année, ceci est donc l’article quasi-obligatoire sur Avatar, le nouveau film de James Cameron. Non, ça n’a aucun rapport avec le dessin animé dont j’avais parlé ici même il y a quelques temps. On peut en résumer l’intrigue par une pirouette genre “Un homme parmi les loups dans l’espace” ou par un descriptif plus élaboré du genre “un marine paraplégique utilise un corps de synthèse pour infiltrer une tribu aborigène sur une planète qui regorge d’un minerai rare et cher”. Mais ce n’est pas très important.

À moins d’avoir passé les derniers mois au fin fond de Bornéo, dans la Creuse ou sous un gravillon, il est difficile d’être passé à côté du fait qu’Avatar est un film 1) très cher, 2) en images de synthèse et 3) visuellement ébouriffant. Pour l’avoir vu en 3D, je confirme: ça en jette! C’est d’ailleurs heureux, parce que c’est à peu près la seule chose qui évite que ce film sombre rapidement dans un semi-oubli.

Le point fort du film est indéniablement le degré d’immersion qu’amènent le travail visuel sur la planète en elle-même et ses indigènes et la 3D accentue encore cet état de fait (et tend à me rendre malade avec des points de vues vertigogènes).

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God Is An Astronaut

En ces temps de Noël, où le sacré tente de se refaire une santé sur le profane, je viens de me faire une révélation, une épiphanie, une crise de foi en attendant la crise de foie post-réveillon. J’ai rencontré Dieu. C’est un astronaute. Et on ne m’avait rien dit!

Donc, God Is An Astronaut, groupe irlandais de post-rock instrumental, et son album éponyme, sorti l’année passée. Pour résumer: ma doué c’te baffe!

Je pense avoir trouvé là le chaînon manquant entre post et prog. Je n’avais encore jamais entendu un post-rock si imaginatif et si lumineux. Pas forcément super original non plus, mais créatif, foisonnant. Certes, les grosses textures de guitares sont présentes, mais réhaussées par des nappes de clavier et dominées par une batterie puissante et précise.

En fait, là où le post conventionnel invoque des paysages urbains à l’abandon ou des friches industrielles au crépuscule, ce dieu-astronaute-ci nous emmène chevaucher des galaxies, observer les anneaux de Saturne ou visiter des civilisations extra-terrestres disparues. Ce n’est pas seulement du post-rock, c’est la bande originale d’un documentaire sur les mondes de la Culture, de Iain Banks.

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“Rats, Bats and Vats”, d’Eric Flint et Dave Freer

Si ma chère et tendre n’avait pas passé son temps à hurler de rire en lisant Rats, Bats and Vats (et sa suite, The Rats, The Bats and The Ugly), il est fort possible que je sois complètement passé à côté de ce délirant duo science-fictionesque signé Eric Flint et Dave Freer.

La colonie terrienne au nom improbable de Harmony And Reason, fondée sur les principes de la Société des Fabiens, est attaquée par une race extra-terrestre insectoïde, les Magh, qui commence à en faire de la pâtée pour asticots. Au cours d’une énième offensive ennemie, le soldat Chip Connolly se retrouve coincé derrière les lignes, seul humain au milieu d’un groupe composé de rats et de chauve-souris dotés de conscience.

C’est à ce stade qu’il est de mon devoir de vous informer que ce livre est à Starship Troopers ce que La Septième Compagnie est à Apocalypse Now!. En plus drôle.

Le domaine des deux bouquins est clairement le pastiche de science-fiction militaire, avec un héros moyennement compétent assisté de compagnons d’infortune particulièrement agités du ciboulot. Les rats pensent à trois choses: manger, boire et baiser (pas forcément dans cet ordre) et les chauve-souris sont des révolutionnaires fanatiques des explosifs. Rajoutons à ce tableau un intérêt romantique, sous la forme de la jeune héritière de la plus grande fortune de la planète, enlevée par les Magh et libérée par Nos Héros™, ainsi qu’un état-major particulièrement incompétent.

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Torchwood: Children of Earth

Par une fraîche matinée, à 8 h 40 précise, heure de Londres, tous les enfants de la planète s’arrêtent pendant une minute. Rebelote à onze heures. La fois suivante, ils se mettent tous à hurler à l’unisson et, la fois d’après, ils annoncent d’une seule voix: “We are coming.” Voici le principe de départ de Torchwood: Children of Earth, cinq épisodes d’une heure qui forment la troisième saison de la série Torchwood.

Je crois vous avoir déjà parlé de Torchwood: une série dérivée de Dr Who, qui se concentre sur la branche galloise d’un institut fondé par la reine Victoria et qui a pour mandat de lutter contre les menaces extra-terrestres en général (et le Docteur en particulier). Là encore, les prémisses étaient intéressants: une sorte de X-Files décomplexé avec une équipe de cas sociaux obsédés sexuels et des enquêtes sur des phénomènes paranormaux / extra-terrestres réalisés par l’équipe scénaristique de Dr Who, qui peut être particulièrement tordue quand elle s’y met. Seulement voilà: mal rythmée et se prenant un peu trop au sérieux, après visionnage des deux saisons, Torchwood ne tient pas ses promesses.

Children of Earth vient rectifier tout ça. Et quand je dis “rectifier”…

Je ne peux pas vous dire grand-chose sur l’histoire sans déflorer les nombreuses surprises et retournements qui émaillent le scénario, mais je peux affirmer que, si Torchwood venait à s’arrêter après cette mini-saison, ce final justifierait largement d’avoir visionné deux saisons d’un niveau plus que moyen.

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Roswell Six: Terra Incognita: Beyond the Horizon

C’est un petit peu par hasard que j’ai ramassé Terra Incognita, l’album de Roswell Six (attention: page MySpace übermochissime), groupe dont je n’avais jamais entendu parler. J’ai compris ensuite pourquoi: Roswell Six est un “supergroupe” monté par le label Progrock Records pour un concept-album – le concept en lui-même étant un ouvrage de l’auteur de SF et de fantasy Kevin J. Anderson.

En soi, l’idée est attirante. Bon, on pourra m’opposer le fait que Kevin Anderson s’est surtout illustré en écrivant des novelizations de films ou de séries ou en co-signant les préquelles de Dune; moi je m’en fous: je n’aime pas Dune. Par contre, j’aime bien le rock progressif et le casting de Roswell Six a de quoi faire saliver, avec des noms comme James LaBrie (Dream Theater), Michael Sadler (Saga), John Payne (Asia) ou Gary Wehrkamp (Shadow Gallery).

La question est, le tout est-il plus grand que la somme des parts?

Ma réponse trahit mon hérédité normande: peut-être. Terra Incognita n’est certes pas l’album de la décennie, ni même de l’année, mais il a de solides arguments en sa faveur. D’une part, un style musical alliant prog et métal, qui rappellera aux amateurs les albums d’Ayreon ou le projet Star One (comme sur le morceau “Here Be Monsters”), bien maîtrisé. D’autre part, un souffle épique et une énergie qui laisse présager de bonnes choses de l’ouvrage qui a inspiré la musique.

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Project Creation: Floating World

Je vous avais déjà parlé de Dawn on Pyther, le plus récent des deux albums de Project Creation; je viens de mettre la main sur le premier, Floating World. Brisons tout de suite le suspense: la parenté est évidente. On retrouve dans cet album le même métal progressif sur un thème de science-fiction, plus progressif que …

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"Federal Space": Star Trek, mais en mieux

Je suppose que je vous ai déjà causé de RPG.net, un site de rôlistes basé aux USA (en anglais, donc) et qui contient une grosse dose de gens barrés de la tête, oscillant entre pur génie et maladie mentale (oui, je sais, j’ai déjà dit “rôlistes”).

Récemment, le dénommé Shadowjack s’est attaqué à une réécriture de l’univers de Star Trek, sous le titre de Federal Space. Jusqu’ici, c’est assez banal: ce genre d’initiative, il doit y en avoir une par jour.

Là où ça devient intéressant, c’est que Shadowjack n’est pas seulement rôliste et trekkie, il est également illustrateur amateur et s’amuse à illustrer bon nombre de ses idées de petits crobards. J’aime bien son humour.

Son idée de base est de réécrire l’univers des séries originelles en le modernisant quelque peu (nations multiculturelles, transhumanisme, principes scientifiques qui tiennent un peu mieux debout, etc.), mais en gardant le côté exploration et optimisme.

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Punto Omega: Noche Oscura del Alma

En général, quand je déboule à la Citadelle, le bar métal dont j’avais parlé précédemment (on suit, dans le fond!), j’ai une assez bonne idée de ce que je cherche. Il arrive cependant que j’en ressorte avec des trucs pas du tout prévus au programme, comme ce Noche Oscura del Alma du groupe argentin Punto Omega, qui passait alors dans le bar. Ça m’avait déjà fait le coup, en son temps, avec le Klagenfurt de Crematory (qui est d’ailleurs à peu près dans le même style).

Savoir exactement le genre musical représenté par Punto Omega est une gageure: le grand jeu des étiquettes, qui au mieux a tendance à être flou dans le monde du métal en général, devient carrément vaporeux quand on s’aventure aux frontières de l’indus, du gothique et de l’électro.

Résumons en disant que c’est une couche rythmiques et claviers façon électro ou indus, une couche de bonne grosse gratte de métaleux, une couche de voix grommeleuses à la mode goth (qui chante en espagnol, ce qui surprendrait plus si on y comprenait quelque chose) et une dernière couche de clavier atmosphérique pour faire glacis. Ou ambiance, si on en a marre de la métaphore pâtissière.

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“Worldwar”, la tétralogie de Harry Turtledove

Dans le vaste foutoir qu’est le genre science-fiction, il y a un style qui me branche particulièrement, c’est l’uchronie. C’est pourquoi, au détour d’une librairie à Kyoto, je me suis lancé dans la tétralogie Worldwar de Harry Turtledove, l’un des grands maîtres de l’histoire alternative.

En deux mots, une civilisation extra-terrestre débarque sur Terre avec l’intention de coloniser la planète. Problème premier: leurs infos ont huit cents ans de retard et ils n’avaient pas prévu que les autochtones évolueraient aussi vite. Problème second: ils débarquent en 1942.

On suit donc, dans la grande tradition du roman américain, une foultitude de personnages impliqués dans la guerre, en suivant la chronologie des combats; ainsi, on apprend souvent les conséquences d’une opération vécue par un personnage au travers des commentaires d’autres personnages, ce qui permet à l’histoire de se dérouler de façon assez fluide.

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“Matter”, de Iain M Banks

Je viens de terminer Matter, le dernier roman de l’écrivain de science-fiction écossais crypto-communiste Iain M Banks, qui a pour cadre la “Culture“. Comme souvent, ça dépote pas mal.

La particularité de ce pavé de près de 600 pages, c’est qu’il suit plusieurs histoires en parallèle, histoires qui finissent bien entendu par se retrouver: les protagonistes sont trois des enfants d’un roi, mort sur un champ de bataille: l’un est le prince en titre, l’autre est le fils prodige, présumé mort mais en fait poursuivi par les hommes du régent, et la troisième est devenue une sorte d’ambassadrice auprès de la Culture, ce qui la sauve de sa condition de femme dans une civilisation semi-industrielle.

Avec Banks, on a souvent plus des histoires à personnages que des grandes fresques. Dans Matter, certes, il y a des Choses Qui Se Passent, mais on sent bien que ce sont les personnages eux-mêmes qui sont plus importants. Ça donne le côté frustrant que les évènements à l’échelle cosmique qui se déroulent, d’une part ne démarrent réellement que dans le dernier quart du bouquin et, de plus, sont réglés en quelques pages.

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“Engines of Light”, de Ken MacLeod

Au cours du XXIe siècle, une station spatiale euro-soviétique annonce un premier contact avec une entité extra-terrestre. La nouvelle sème un certain souk sur une Terre en proie à une nouvelle Guerre froide depuis que l’URSS est revenue d’entre les morts géopolitiques et a pris le contrôle de l’Europe: espionnage, propagande, pressions et trahisons fusent …

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Kacho-Oji / Black Heaven

Oji Tanaka est un salaryman japonais tout ce qu’il y a de plus typique: une trentaine désabusée, marié et père, un boulot moyennement passionnant et un chef tyrannique. L’arrivée d’une blonde bizarre, qui lui dit tout de go qu’il est le seul à pouvoir sauver la galaxie, lui rappelle l’époque où il se faisait appeler “Gabriel” et où il était le guitariste du groupe de hard rock Black Heaven.

Quelque part, et curieusement pour qui me connaît, la perspective de voir un anime mélangeant batailles spatiales et heavy metal ne m’enthousiasmait pas tant que ça. La raison principale est que les Japonais ont, en général, une conception du heavy metal qui se rapproche plus de l’Eurovision que de Metallica. La surprise vient ici de l’angle d’approche: le héros est un ex-rocker (presque) rentré dans le rang, pathétique dans ses tiraillements entre conformité et ses aspirations de star de la guitare.

Du coup, Kacho-Oji fait l’impasse sur la SF glam à la Daft Punk et oscille entre une chronique douce-amère des ex-rebelles ravalés par la société qu’ils méprisent et une ode au hard rock comme arme de destruction massive. Le tout (en treize épisodes) ne se prend pas au sérieux, ce qui est plutôt une bonne chose au vu de l’indigence des moyens de la série; je soupçonne que la moitié du budget est parti dans le cachet de John Sykes (Whitesnake, Thin Lizzy), qui signe le générique.

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