Vous connaissez la routine, un détective privé dans la dèche, une femme fatale, un mystère qui cache des secrets historiques. Vous la connaissez d’autant mieux que j’avais déjà utilisé une routine similaire pour Cahokia Jazz. Mais dans le cas de Harmattan Season, Tochi Onyebushi nous plonge dans une Afrique indéterminée, au début du XXe siècle, sous mandat colonial français.

Son détective, Boubacar, est un « deux-fois », un sang-mêlé, qui est tellement dans la dèche qu’il pense sincèrement être maudit. Et lorsqu’on frappe à sa porte au milieu de la nuit, ce n’est pas exactement une cliente, mais une jeune femme blessée, poursuivie par la police. Il n’a pas trop le temps d’en savoir plus qu’elle disparait avant de reparaître – ou plutôt son cadavre, flottant plusieurs mètres au-dessus d’une des principales places publiques de la ville.

Il y a une raison pour laquelle Bouba pense être maudit: quelques années auparavant, il a été membre de la milice indigène locale et, au cours d’une « guerre », il a commis des atrocités. Et il va bientôt découvrir que cette sordide histoire est liée à feu sa visiteuse et que beaucoup de gens sont prêt à d’autres atrocités pour couvrir celles du passé. Et, par la même, il va finir par découvrir la vérité sur lui-même.

Je sais que ce n’est pas toujours une bonne idée de comparer deux ouvrages, mais Harmattan Season m’a beaucoup fait penser à Cahokia Jazz: plus ou moins la même période, même genre de cité où plusieurs peuples cohabitent tant bien que mal, même tendance de l’auteur à jouer sur les langues, en intégrant dans le texte original en anglais des termes français et de dialectes locaux. On ne va pas se mentir: c’est parfois rude.

Les deux textes sont cependant très différents. Là où Cahokia apparait comme une quasi-utopie égalitaire (en théorie), la ville où évolue Bouba est clairement sous domination française, avec un roi-fantoche et sa milice collaborationniste pour y faire le sale boulot. L’auteur, né aux États-unis de parents africains, a également vécu à Paris et parvient ainsi à rendre très crédible le contexte du roman (qui n’est pas sans rappeler le Mali, même s’il n’est jamais explicitement nommé).

Je dois avouer avoir été plus embarqué par le contexte que par l’histoire de Harmattan Season, découvert grâce à Gromovar. Et même si l’écriture, avec sa salade de dialectes, est parfois difficile à suivre, elle participe grandement à l’immersion (après, je soupçonne qu’après Tè Mawon, plus rien ne m’étonne). C’est une lecture exigeante, mais qui sait récompenser le lecteur.

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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