Between the Buried and Me: Colors II

Découvert somme toute assez récemment – avec un bémol sur lequel je vais revenir – Between the Buried and Me est un des groupes de metal progressif les plus expérimentaux de la scène et il le prouve une fois encore avec ce Colors II.

Formation américaine avec plus de vingt ans d’existence, Between the Buried and Me s’est fait remarquer par son metal progressif qui mélange un metal ultra-technique, qui n’hésite pas à aller piocher dans les trucs les plus discordants, et un rock progressif symphonique. Un peu comme si quelqu’un avait fait un mashup entre Yes et du death-metal.

Colors II, qui se présente donc comme la suite de leur album de 2007, est un monstre de douze pistes qui totalise une heure vingt de musique. Il compte deux epics, de douze et quinze minutes, plus deux autres titres de plus de huit minutes. À part une virgule d’une minute, les autres compositions sont entre trois et cinq minutes. Toutes ont tendance à s’enchaîner sans transition évidente.

Contrairement à ce que j’avais laissé entendre dans ma chronique de Coma Ecliptic Live, ce n’était pas le premier album de Between the Buried and Me que j’écoutais. J’avais auparavant acquis Colors (premier du nom).

Je ne l’avais pas chroniqué, d’une part parce qu’à l’époque je n’écrivais pas systématiquement de chroniques sur les albums que j’achetais et, d’autre part, parce que je n’étais pas rentré dedans. Je l’ai réécouté il y a quelques mois et j’ai compris pourquoi.

Pour en revenir à ce nouvel opus, j’étais quand même un peu plus préparé, mais j’ai quand même eu du mal à rentrer dedans. Après Coma Ecliptic et Automata, Colors II est nettement plus brutal. Ça blaste à tout va, ça growle méchamment et, pour tout dire, ça pique.

Il m’a fallu pas mal de temps pour arriver à l’apprivoiser. Et à vrai dire, c’est un peu comme accueillir un chat sauvage chez soi: même habitué à la maison, ça crache, ça feule et ça griffe toujours – et sans trop prévenir.

Colors II, c’est typiquement le genre d’album qui va faire fuir la plupart des metaleux sur les passages prog et la quasi-totalité des prog-heads sur les passages brutaux. Sachant que ces derniers ont assez souvent tendance à se croiser au sein d’un même morceau, voire se superposer subtilement (par exemple les hurlements en chœurs sur « Never Seen / Future Shock »).

Je vous avoue volontiers que les parties plus prog ont ma préférence. Le côté chaos hurlé, façon death-metal, c’est moins mon style. Surtout que Between the Buried and Me ne fait pas vraiment semblant.

Il y a quelques très impressionnants passages, comme le début de « Prehistory » – avant que ce dernier ne passe en mode cartoon. Oui, parce que le groupe n’en est pas à une facétie près. Je recommande également « Bad Habits », qui lui fait suite, ainsi que le bref « Stare into the Abyss » ou « Turbulent ».

Dire que Colors II est un album dense est un euphémisme. Déjà, son format est pas banal: longueur exceptionnelle, peu de transitions marquées. En plus, par son mélange entre deux styles qui, en théorie, n’ont rien à voir, mais se répondent et se renforcent l’un l’autre.

Au final, j’ai du mal à dire si j’aime cet album. Globalement, je le trouve très difficile d’accès, peut-être trop. Mais il y est fascinant dans sa complexité, dans ses passages mélodiques et dans les contrepoints qu’il propose.

Une chose est claire: je ne le recommanderais pas aux p’tits nouveaux qui débutent dans le prog. Parce que même un vieux routard comme moi, avec près de quarante ans d’expérience et d’exploration du genre, j’ai du mal.

Peut-être en fait que c’est ça le problème: à force de ne voir le prog que comme un machin symphonique composé par des vieilles barbes il y a un demi-siècle, on en oublie que le genre a encore des choses à dire en 2021.

Si c’est le cas, Between the Buried and Me est là pour nous le rappeler à grands coups de bottes cloutées dans la zone de confort. Pour beaucoup, Colors II sera trop bordélique, trop décousu, trop brutal. Mais c’est une facette courageuse et expérimentale et du rock progressif. Et c’est important.

Bonus: la vidéo de « The Future is Behind Us »

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