Dans la foulée du Ready for Prog? Festival – non, je n’ai toujours pas fini le live-report; bientôt, promis! – j’ai vu passer un éditorial, signé Newf et intitulé Qui écoute encore du metal progressif? sur le site Music Waves. Évidemment, en tant que personne qui écoute du metal progressif, je me suis senti interpellé.
Interpellé à plus d’un niveau, d’ailleurs. D’une part, par le contenu de l’édito en question, mais aussi, plus généralement, sur mon rapport très personnel au prog en général et au prog-metal en particulier.
(À ce stade, mieux vaut que je vous prévienne: ce billet, c’est un peu du react à chaud. C’est donc probablement écrit avec le cul, bordélique comme dans ma tête – plus que d’habitude, s’entend. Je n’exclus pas d’en faire une version plus posée, plus tard.)
Sur le premier point, le chroniqueur met en avant un genre qui est devenu académique, où la conformité remplace la recherche, et une uniformisation du son. Sur ce second point, je n’ai à peu près rien à dire: c’est un domaine technique dans lequel je ne connais à peu près rien.
Sur le premier, c’est effectivement un constat qui se défend: la plupart des albums de prog-metal que j’ai chroniques récemment empruntent beaucoup à quelques groupes-phares, au premier rang desquels Dream Theater, Haken, Porcupine Tree ou Opeth.
Maintenant, je vais faire mon vieukon blasé: c’est normal.
J’entends bien (sans jeu de mot) toutes ces remarques, mais j’aimerais quand même poser le fait que, suivant comment on calcule les choses, ça fait entre trente-cinq et quarante ans que le metal progressif existe. Et pas loin de soixante si on considère le prog dans son ensemble (en prenant la sortie de In the Court of the Crimson King comme point de départ).
Tous les genres, surtout s’ils sont un peu pointus, finissent par tourner en rond. Le prog symphonique des débuts s’est ringardisé en moins de dix ans, le néo-prog n’a pas fait beaucoup mieux. Idem pour le post-rock, dans un genre différent, mais connexe. Je ne serais pas étonné qu’on dise la même chose à propos du jazz (les prog-snobs ont probablement beaucoup à apprendre des fans de jazz en matière de snobisme). Quarante ans, c’est un plutôt beau score! Et ça ouvre la porte à plein d’autres choses, mais j’en parlerai un peu plus tard.
Au passage, la remarque sur la fréquentation est effectivement la plus douloureuse, surtout en regard du Ready for Prog? Festival, mais je ne suis pas certain qu’on puisse généraliser à partir de cet événement. Là encore, je reviendrai sans doute là-dessus, mais dans mon live-report.
J’en viens maintenant à l’autre partie: le rock progressif et moi et moi et moi. Et commencer par un avertissement en forme d’aveu (à moins que ce ne soit le contraire): je ne suis pas un musicien, je ne suis pas non plus un audiophile, j’ai sur beaucoup de sujets une légitimité en carton mouillé. J’essaie, dans mes chroniques, de donner le plus honnêtement possible mes ressentis sur la musique que j’écoute. Et j’en écoute quand même beaucoup.
Du coup, quand il s’agit de dire ce qu’est le prog, je suis un peu emprunté. Sans aller jusqu’à parodier ce juge américain qui disait ne pas pouvoir définir la pornographie, mais la reconnaître quand il en voit, il y a quelques éléments musicaux que je considère comme « prog ». Les changements de rythmes, les compositions aux structures complexes, celles avec des multiples « tableaux », certaines sonorités (notamment de claviers, mais pas que), les aspects cinématiques, les thèmes, etc.
Il n’y a pas besoin que tous soient présents pour que je trouve qu’une composition soit prog et il arrive aussi que leur présence ne justifie pas l’épithète. Ce n’est pas une science exacte. Ce n’est même probablement pas une science du tout. En fait, je soupçonne depuis un moment que, chez moi, « prog » soit équivalent à « j’aime bien ».
Parce qu’en fait, j’ai depuis un moment l’impression que cette étiquette s’applique de plus en plus à des genres qui en sont à la base très éloignés. Je pense par exemple au death-prog de Blood Incantation ou Octoploid, au black-prog d’Enslaved.
J’ai l’impression que le prog devient plus une sorte de « parfum », un ingrédient (plus ou moins) secret de groupes qui utilisent certains des éléments musicaux précités dans leurs compositions. Parfois, c’est complètement assumé, d’autres fois, plus rarement, c’est un peu accidentel.
Après, je pense qu’il y aura toujours des groupes pour faire du metal progressif, de même qu’il y a toujours des groupes qui font du néo-prog ou du prog symphonique à la mode seventies. Mais, de plus en plus, on va entendre popper des inspirations prog dans des genres où on ne les attend pas forcément. Et il n’est pas exclu que ce soit de ces genres-là que viendra la nouvelle génération de prog-heads.
(Et merci à Coralie pour m’avoir donné l’idée de ce billet.)


27/10/2026 at 16:19
Concernant le jazz, ce genre a une capacité à se diversifier proprement hallucinante.
Concernant le prog metal, je pourrais moins me prononcer, mais j’imagine que le 21ème siècle a vu une multiplication de groupes très scolaires (même dans le prog) qui recyclent les formules éprouvées et sont des sous-Dream Theater, des sous-Tool, etc… raz-de-marée qui noie dans la masse les productions vraiment innovantes (ce qui me semble devoir être l’ADN du prog amha), mais je suis persuadé que ces productions existent et que tu fais partie des personnes capables de les identifier.
Il y a aussi le caractère restreint de l’étiquette. Mine de rien si tu innoves ou si tu hybrides trop, et bien tu finis par ne plus être étiqueté prog. ça devient par exemple le post-rock, le math rock, le blackgaze, le post-core, etc… ou tout simplement la fameuse étiquette « inclassable » comme par exemple un Secret Chiefs 3. Le jazz a moins ce problème d’étiquette restreinte que le prog metal et donc des trucs de jazz très très expérimentaux restent identifiables comme du jazz.
27/10/2026 at 16:46
Très bonne remarque sur la diversification et l’hybridation, merci! je n’y avais pas pensé.
En y repensant, le metal aussi à une capacité assez dingue de diversification. J’ai tendance à dire que c’est un genre fractal: plus on zoome, plus on trouve des sous-genres improbables (même si, pour beaucoup, c’est juste sur l’étiquette).