L’air de rien, ça va faire pas loin de quarante ans que le metal progressif existe. Et, du coup, il est un peu normal de ne plus ressentir le même degré d’excitation, surtout quand on en a écouté des palettes et qu’il devient de plus en plus difficile aux nouveaux groupes d’avoir leur nouveau son. Ainsi, quand un nouveau projet comme Sad Serenity arrive avec un album – ici Tiny Miracles – il est tentant de comparer avec ce qui existe, en oubliant parfois la qualité intrinsèque.

Tout ceci pour vous dire que Sad Serenity est le projet d’un multi-instrumentiste allemand, Marcell Kämmerer, apparu au début de cette décennie. Rejoint sur cet album par Vinny Silva à la batterie et George Margaritopoulos au chant, il propose un metal progressif empruntant beaucoup à Dream Theater et à Haken, avec un flair particulier pour les longues compositions et une identité propre.

Tiny Miracles est le deuxième album du projet et, quand je parle de longues compositions, il ne fait pas semblant: trois des six titres dépassent les dix minutes – jusqu’à vingt-trois minutes – deux autres entre huit et neuf minutes et le sixième ne faisant « que » six minutes. Et, au total, l’opus dure une heure et onze minutes.

On va déjà parler de l’éléphant numérique dans la pièce: oui, les visuels de l’album sont en IA générative. J’en ai parlé avec un représentant du groupe via tchat et il m’a dit que c’était une expérimentation et qu’il n’était pas certain qu’il la renouvelle. Dont acte. Je sais que j’avais dit ne pas vouloir chroniquer d’album avec des couvertures en IAGen, mais j’avais aussi prévenu qu’il y aurait des exceptions.

Bref. Passons aux choses séri… oui, enfin, bon.

Comme mentionné, Sad Serenity, c’est un metal progressif somme toute très classique. L’auditeur avisé n’aura aucun mal à y retrouver des influences venues des grands noms du genre, à commencer par Dream Theater (période des grands epics) et Haken (période Visions qui, objectivement, est aussi leur album qui ressemble le plus à Dream Theater).

Maintenant, si je dis « influences », c’est bien parce qu’à mon avis, on est dans le registre de l’inspiration, pas du worship, voire de la copie pure et simple. Le projet sait s’éloigner de son glorieux (et encombrant) modèle pour aller chercher des idées du côté du rock progressif plus classique, avec ça et là des touches de folk.

Surtout, Tiny Miracles repose sur deux éléments-clés. D’une part, un soin particulier apporté à des compositions longues, voire très longues. Il n’hésite pas, par exemple, à ouvrir sur « A Cabin in the Woods » qui culmine à plus de quatorze minutes. Et ce n’est jamais ennuyeux. D’autre part, George Margaritopoulos (du groupe grec de power-metal Wardrum, où officiait précédemment un certain Yannis Papadopoulos) est un chanteur de tout premier plan et il apporte un souffle et une intensité supplémentaire aux titres de l’album (qui n’en manquent déjà pas de base).

Si on ajoute à cela la virtuosité certaine de Marcell Kämmerer et une production aux petits ognons, on obtient un album de metal progressif de très haute qualité. Malgré la faute de goût de la pochette, je ne peux que vous recommander Tiny Miracles. Sad Serenity signe ici ce qui pourrait bien être un des meilleurs albums de metal progressif en 2026. Il est disponible sur Bandcamp.

Bonus, la vidéo de « Torn »

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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