Il sera dit que je serai allé deux fois au Manoir Pub de Saint-Maurice et, les deux fois, c’était pour y voir Aephanemer. Cette année, les Français étaient accompagnés de The Great Alone.

(Bon, en vrai, j’y suis allé une troisième fois, en « after » de Destination Tokyo, mais ce n’était pas un concert, donc ça ne compte pas vraiment.)

Saint-Maurice est une petite ville du Valais où, anecdote familiale, mon père a usé ses fonds de culotte. Le Manoir Pub se situe tout au bout de sa rue principale. Comme son nom l’indique, c’est un pub, dont l’arrière-salle accueille régulièrement des concerts, surtout de metal.

C’est encore une de ses scènes bien roots dont la Suisse romande a le secret, avec son décor façon chalet. Avec une jauge de 250 places et une scène à peine surélevée, il faut faire attention quand on headbange au premier rang de ne pas filer accidentellement un coup de boule à un musicien…

Un gros avantage de Saint-Maurice, c’est que la gare est sur un petit nœud ferroviaire régional et que, donc, il y a des trains directs depuis Genève. Et comme, en plus, le concert commence tôt, je n’ai pas trop le souci de devoir surveiller l’horloge (sauf que j’ai quand même failli rater mon train du retour). Je retrouve d’ailleurs l’ami Cretch, venu de ses lointaines montagnes jurassiennes, à mi-trajet et nous débarquons ensemble un peu après l’ouverture des portes.

The Great Alone
The Great Alone (metal moderne, Suisse) en concert au Manoir Pub de Saint-Maurice (Suisse), le 20 mars 2026. Photo: Stéphane Gallay, sous licence Creative Commons (CC-BY)

Le temps de prendre une bière, de déballer l’artillerie de marine et de passer les contrôles, nous voici au premier rang pour The Great Alone, qui ouvre le bal vers 19 h 20. Fondé il y a quelques années (je dirais vers 2020, mais je n’ai pas trouvé de date exacte), le quatuor valaisan, emmené par une chanteuse très énergique, se définit comme « alt power-rock », mais se rapproche d’un metal moderne puissant et mélodique.

« C’est la première fois qu’on joue à la maison », nous annoncent-ils. Ce qui est assez étonnant quand on connait la profusion de salles de concert en Valais (j’en connais au moins cinq, rien que dans la partie francophone) et plus encore au vu de la qualité du groupe. Certes, musicalement, c’est très classique, mais c’est réalisé avec passion et professionnalisme. Ça donne envie de remuer les cheveux, même quand on n’en a plus beaucoup.

The Great Alone va jouer environ 45 minutes devant un public nombreux et très enthousiaste. Je serai par contre plus critique sur l’éclairage, en mode stroboscopique et avec une tonne de fumigènes, et le son, peut-être un poil trop fort: j’ai dû mettre des bouchons sur la fin.

Petit détail qui m’a fait rire: pendant le changement de scène on peut entendre « Diggy Diggy Hole » de Windrose et une partie du public du Manoir Pub qui fait les chœurs.

Aephaenemer (death-metal symphonique, France) en concert au Manoir Pub de Saint-Maurice (Suisse), le 20 mars 2026. Photo: Stéphane Gallay, sous licence Creative Commons (CC-BY)

Aephanemer attaque vers 20 h 30 et il est immédiatement évident que le groupe a une énorme envie de jouer. Les musiciens affichent un enthousiasme communicatif et ça tombe bien, leur death mélodique et symphonique est taillé pour ce genre d’ambiance. Et la salle aussi, en fait: la proximité avec le public donne une impression de communion qui va gommer un certain nombre de petits problèmes.

Parce que oui, soyons franc: ce concert ne va pas être le plus maîtrisé d’un point de vue technique. Les musiciens me diront plus tard avoir eu très chaud sur la scène, ce que je peux comprendre: on a eu chaud aussi. Mais c’est de la bonne chaleur – amplifiée par un public qui pogote, ce qui n’est pas super raisonnable au vu de la taille de la salle – et ça ne va pas empêcher Aephanemer de dérouler son show sur près de huitante minutes.

La setlist est principalement centrée sur Utopie, le dernier album – ce qui n’est une surprise pour absolument personne. Et c’est aussi une bonne nouvelle, parce que ces nouveaux titres passent très bien en live, à commencer par le diptyque initial « Échos d’un monde perdu / Le cimetière marin » et en terminant par les deux parties du morceau-titre. Un regret toutefois: j’aurais aimé entendre également entendre l’instrumental « La rivière souterraine », prélude à « Utopie », mais c’est mineur.

Aephanemer conclut par le traditionnel « Bloodline », que j’ai par ailleurs capturé en intégralité (je le mettrai en ligne plus tard dans la semaine). Et les lumières se rallument sur un public conquis. Avec le recul, je dois avouer que si l’ambiance était au top, niveau son et lights, je suis moins enthousiaste. Encore une fois, l’éclairage stroboscopique et suffisamment de fumée pour tuer un londonien adulte, c’est pas idéal pour les photos.

Je ne vais pas me plaindre, d’autant que le concert se termine plutôt tôt. Je peux même me permettre une bière et un croque-monsieur, le temps que la foule compacte se décante un peu devant le merch pour aller piller à mon tour.

Comme mentionné initialement, je me retrouve à courir comme un dératé pour ne pas manquer mon train, parce que je suis une quiche qui ne sait pas lire un horaire. Il me faut bien quinze minutes pour me convaincre que je ne vais pas mourir sur une banquette de deuxième classe; c’est pas beau de vieillir. Mais je rentre chez moi à une heure presque raisonnable. Presque. Mais c’est samedi, ce n’est pas très grave.

Quelque part, ce concert était presque l’opposé de celui du 15 avec Between the Buried and Me: j’ai souffert pour les photos, mais l’ambiance et la musique étaient grandioses. Donc c’est bien. Mais j’espère qu’il ne faudra pas attendre trois ans pour revoir Aephanemer.

Comme toujours, vous pouvez voir ce live-report, avec quelques extraits des concerts (la qualité n’est pas ouffissime, parce que j’étais objectivement debout dans les enceintes), sur YouTube et sur Peertube. Et les photos sont sur Flickr, sous licence Creative Commons.

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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