Salvinia, rateline de son état et libraire de son métier, a tout ce dont elle rêve, sauf… l’aventure. Jusqu’à une soirée trop avinée, qui sert de point de départ à Canailles & Couteaux, le nouveau roman de Travis Baldree.
La soirée avinée en question se conclut en effet par une rateline qui se glisse dans un chariot bâché à la faveur de la nuit. Sur le moment, ça lui semblait une bonne idée. Sauf qu’elle se retrouve en compagnie d’une légendaire combattante elfe qui convoie une prisonnière gobeline. Prisonnière que beaucoup de gens convoitent. Et combattante qui n’est pas très enthousiaste par sa passagère clandestine.
S’en suit un voyage ponctué par des rencontres pas toujours sympathiques, des tempêtes de neige, des mercenaires louches, des créatures monstrueuses, un culte inquiétant et même quelques livres. Bref, l’aventure.
Travis Baldree continue ici son exploration de la cosy-fantasy et des titres façon Alliterations & Ampersands, à l’image d’un certain jeu de rôle (et de plusieurs autres, en fait). Canailles & Couteaux réussit l’exploit d’être à la fois une suite de Légendes & Lattes et de Sagas et Sable d’os, qui pourtant se déroulait vingt ans plus tôt.
Au reste, dans ce tome-ci, le côté cosy est peut-être moins évident: foin des librairies accueillantes et des cafés chaleureux, le récit nous envoie sur des routes froides et pluvieuses, voire sur des chemins de montagne enneigés ou dans des villes au bord de la guerre. Ça bastonne aussi sec, même si Salvinia reste prudemment en retrait la plupart du temps.
Cela dit, pour la baston, on peut compter sur Astryx Lesgourde, la légendaire chasseuse elfe, et sa non moins légendaire Lame ancienne. Et, dans une moindre mesure, Zyll, la gobeline, et son invraisemblable gabardine composée de centaines de poches cousues ensemble. Ce qui s’explique par le fait que le phénomène a tendance à rafler tout ce qui n’est pas boulonné au sol, avec une nette préférence pour les couverts. Ce qui explique pourquoi elle est en possession d’un… couteau à pain légendaire.
Oui, il y a beaucoup de choses légendaires, dans cette histoire.
Ce changement de décor est plutôt une bonne chose. Comme mentionné plus haut, le lecteur perd peut-être un peu du côté cosy, mais plonge plus dans l’aspect fantasy du Territoire, la région dans laquelle se déroulent les histoires. J’ai retrouvé pas mal des ambiances des parties de jeu de rôle qui ne se prennent pas au sérieux, avec les épées magiques qui se la pètent et les personnages qui sont, soit complètement incompétents, soit qui font n’importe quoi ou presque. Parfois les deux.
J’ai aussi ressenti un net effort du côté du contexte, avec des description qui ajoutent de la profondeur au monde – même si ça reste un décor de carton-pâte avec assez peu de cohérence politique ou économique visible. De plus, j’ai aussi eu l’impression que Travis Baldree jouait un peu plus avec son style, avec notamment des descriptions assez amusantes.
Par contre, je ne suis pas très fan de certaines traductions des noms (« Astryx Lesgourde », pour une elfe avec une oreille coupée, sérieux?…). Mais c’est assez mineur – et, bonne nouvelle, je n’ai pas vu de problèmes typographiques comme dans le précédent tome.
Très bon cru, donc, pour ce nouveau tome. Si vous n’avez pas lu les deux précédents, je pense qu’il est préférable de commencer par là avant d’attaquer Canailles & Couteaux. L’intrigue tient debout raisonnablement seule, mais il y a quand même pas mal de références qui risquent de vous perdre. Mais fondamentalement, si vous aimez une fantasy plutôt légère, c’est un ouvrage – et une série – très recommandable.


01/10/2026 at 09:48
Ouais, je les lis en vo donc je l’ai lu dès que je l’ai vu dispo sur ma Kindle. La traduction me fait peur 😀
Je suis turbofan de cette série, j’ai adoré celui-là comme j’ai adoré les 2 précédents, merci mille fois pour la découverte (comme la série Wayfarers de Becky Chambers, dans la même veine-ish mais en SF).
Vivement le suivant 😀
01/10/2026 at 10:15
Assez curieusement, c’est une des rares séries anglophones que je lis en VO. Je l’avais récupéré à Octogônes.
Par contre, je pense que Becky Chambers est quand même deux ou trois classes au-dessus, notamment en matière de world-building.