Brooks vit en Californie; il est de la génération qui a connu des pandémies, les catastrophes climatiques, mais aussi le Green New Deal, un gouvernement qui a commencé à massivement changer les choses. Au grand dam des « Magas », la cause perdue qui donne son titre à ce roman de Cory Doctorow, The Lost Cause.
Je rapprocherais ce titre de Walkaway, du même auteur. On est dans une veine solarpunk, à savoir une anticipation qui se veut positive – ou, à tout le moins, aussi positive que peut nous le permettre les perspectives d’avenir. En effet, dans ce futur qui est plus à moins à une génération de notre présent, le trumpisme n’a été qu’une parenthèse et une présidente sociale-démocrate a métamorphosé la société américaine. Mais les crises climatiques menacent, plus que jamais.
Mais la parenthèse n’a jamais été complètement refermée: les « Magas », devenus minoritaires, se sont radicalisés. Et si, au début de The Lost Cause, ils apparaissent comme une bande de vieukons réacs en voie d’extinction, au fur et à mesure que le roman avance, ils deviennent de plus en plus une menace réelle. Soutenus par l’argent occulte de milliardaires organisés en une « flottille » de navires de croisière et de porte-avions reconvertis en base flottante de l’ultra-libéralisme, ils vont jusqu’à organiser des attentats à la bombe.
Dans le cas de Brooks, il commence par vivre sa vie de jeune adulte entre les gens de son âge, plutôt proche des Sociaux-démocrates, et son grand-père, qui s’occupe de lui depuis la mort de ses parents, mais qui est proche des Magas. Et pas des plus calmes. Pour ne rien arranger, ce dernier cache un secret très encombrant, dont Brooks va finir par hériter et qui va lui causer encore plus de problèmes.
Comme souvent avec les romans de Cory Doctorow, je pourrais résumer mon ressenti de The Lost Cause par « j’ai bien aimé, mais ».
Déjà, le côté solarpunk apparaît comme une bouffée d’air frais, plus encore en ces de retour du trumpisme triomphant. L’idée d’imaginer une sortie par le haut de cette parenthèse de merde en barre est franchement plaisante. En plus, c’est un contexte que l’auteur sait mettre en valeur, notamment par des idées technologiques et sociales crédibles et bien pensées.
Ensuite, il a l’idée de donner à ses antagonistes des traits qui se retrouvent dans pas mal d’éléments visibles aujourd’hui. C’est notamment le cas des inspirations SF de plusieurs des « broligarques », Elon Musk en tête. Dans The Lost Cause, ça se traduit par la Flottille, inspirée de façon complètement assumée par Snow Crash, et l’influence idéologique d’un roman à succès, adulé par les Magas, et qui emprunte à la fois à L. Ron Hubbard et à Ayn Rand.
Le « mais » est à chercher du côté du personnage principal, qui n’est pas très intéressant. Disons que j’ai trouvé qu’il pourrait avoir un peu plus de mordant et que là, limite il sert de faire-valoir aux seconds rôle féminins – ce qui est assez dans le ton général du contexte, mais n’est pas idéal d’un point die vue narratif. Et j’ai aussi été de nouveau agacé par la grande quantité de scènes de bouffe. Il y a des auteurs qui accumulent les scènes de cul gratuites, j’ai l’impression que Doctorow, lui, c’est les scènes de bouffe.
Et puis, un élément qui m’a frappé après avoir lu The Lost Cause, c’est que j’ai l’impression que la jeunesse de cette époque n’a pas vraiment de référent média fort, qui pourrait faire le pendant au roman mentionné plus haut. Il y a peut-être des explications à ça, mais rien n’est mentionné. J’aurais aussi aimé que l’aspect « vérité et réconciliation », annoncé en couverture, soit plus développé; je l’ai un peu attendu en vain.
Mais malgré ça, The Lost Cause est un roman plutôt agréable à lire. Je le classerais plutôt dans la catégorie « jeune adulte ». Comme souvent chez Cory Doctorow, les idées qu’il porte sont presque plus intéressantes que l’histoire.
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