L’éternité, c’est long. C’est ce que doit se dire Unute, le protagoniste de The Book of Elsewhere, écrit à quatre mains par Keanu Reeves et China Miéville. Car celui qui a un département secret de l’armée américaine pour lui tout seul est un guerrier immortel, qui aimerait bien pouvoir mourir un jour.

Si vous êtes comme moi, votre premier réaction à la vue du titre, c’est « c’est le même Keanu Reeves ou un homonyme? » C’est le même. Et ce n’est pas sa première incursion dans le domaine de l’écriture, puisque The Book of Elsewhere se situe dans l’univers de BRZRKR, un comics qu’il a co-écrit.

Depuis pas loin de 80 000 ans, Unute trimbale sa carcasse sur la planète, démontant la tête de plein de gens et, occasionnellement, se faisant démonter la tête… pour renaître plus tard, parfois ailleurs. Redoutable combattant de base, il est aussi sujet à une transe guerrière qui le transforme en machine à tuer sans distinction – oui, vous avez deviné: un berserker.

Et donc, depuis plusieurs années, il est devenu une arme vivante au service du gouvernement américain, qui l’envoie sur ce qui est clairement des missions-suicide, sachant qu’il est immortel. Il n’est pas dupe: il a eu huitante millénaires pour apprendre des trucs, donc ce ne sont pas des militaires mal dégrossis qui vont la lui faire à l’envers. Il a aussi sont intérêt dans ce partenariat: il espère que les recherches que les militaires font sur sa personne parviendront à lui donner ce qu’il cherche: la fin de son immortalité.

Résumé: je n’ai pas été convaincu par The Book of Elsewhere. Il n’est pas inintéressant, il a même quelques fulgurances que j’aurais voulu voir développées – par exemple l’idée d’avoir un individu qui a vécu des millénaires, en a des souvenirs plutôt nets et balance de ci de là des bouts d’histoire secrète, genre « tiens, à propos, la première combinaison de plongée a été inventée il y a seize mille ans ».

Le personnage d’Unute lui-même – que je ne peux pas m’empêcher de me représenter sous les traits de Keanu Reeves… – est étonnamment touchant. Ce n’est pas seulement un gros bourrin ni un sage immortel, mais une combinaison des deux assez intéressante.

Par contre, je n’accroche pas au style, qui a parfois un côté « mitrailleuse », avec une économie de ponctuation qui frise l’ascèse. Ça rend la lecture passablement ardue, certains dialogues étant à la limite de l’incompréhensible.

Il y a aussi le fait que The Book of Elsewhere fait partie de cette « franchise » BRZRKR. Je ne le savais pas en lisant le bouquin, mais du coup je comprends mieux certains passages, qui semblent faire référence à des trucs pas expliqués. Difficile d’ailleurs de dire s’il s’agit d’une adaptation en roman ou d’une histoire parallèle dans le même univers.

Petite anecdote amusante: j’avais récupéré le bouquin dans le « bac à soldes » géant du Salon du Livre de Genève, ce printemps… avant de m’apercevoir que ma dame l’avait déjà acheté il y a quelques temps. Du coup, ça ne m’a pas coûté trop cher. Et, en vrai, The Book of Elsewhere n’est pas un mauvais bouquin; pas forcément bon, non plus, mais intéressant.

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

Pour soutenir Blog à part / Erdorin:

Blog à part est un blog sans publicité. Son contenu est distribué sous licence Creative Commons (CC-BY).

Si vous souhaitez me soutenir, vous pouvez me faire des micro-dons sur Ko-Fi, sur Liberapay, sur Patreon et sur Ulule.

Mastodon