Quand j’ai appris que Elder allait passer en Suisse, et pas trop loin de chez moi, je n’ai pas réfléchi longtemps. Je suis ce groupe depuis un bon moment, je ne l’avais jamais vu en concert et leur nouvel album est pour le moment dans mon top de l’année. J’aurais dû réfléchir un peu plus, en fait.

Il va falloir que je vous pose un peu de contexte. Sachez déjà que le Rock’lette est un événement rock qui se déroule dans le cadre du PALP Festival, un festival multidisciplinaire qui couvre quasiment tout le canton du Valais pendant l’été. La particularité du Rock’lette, c’est de faire jouer les groupes dans les alpages du Val de Bagnes. Ce qui, sur le papier, est très cool et probablement le festival rock le plus suisse qu’on puisse imaginer.

Ce qui est moins cool, c’est d’y arriver. D’abord le train jusqu’à Martigny; ça c’est bon, j’ai l’habitude, je gère. Ensuite petit train à voie métrique jusqu’au Châble; ok, ça change, mais ça va. C’est après que ça se complique: un gros trajet en car sur des routes de montagne de plus en plus étroites. Les Alpes, c’est haut. Je vous avais déjà dit que je suis méchamment sujet au vertige? Non, VRAIMENT méchamment.

Rock'lette 2026
Arrivée au Rock’lette / PALP Festival, le 14 août 2026, Col du Lein, Val de Bagnes, Valais, Suisse. Photo: Stéphane Gallay, sous licence Creative Commons (CC-BY)

Bref, pas fan du trajet, qui dure quand même pas loin de trois quarts d’heure. Et une fois arrivé, il y a encore une bonne dizaine de minutes de montée à pied avant d’arriver sur le site du concert: le col de Lein, à près de 1700 m d’altitude. J’aurais bien aimé le savoir avant, histoire par exemple d’avoir des chaussures un poil plus adaptées.

Ça se paye, mais il faut avouer que le site est très impressionnant: un pâturage encadré par des pins, avec la forme caractéristique du col. Le soleil cogne, mais l’altitude apporte une fraîcheur relative. Il y a sur place un stand de merch, une buvette (qui propose de la raclette, parce que bien sûr), mais pas de point d’eau, ce qui est un peu dommage.

Shah Blah au Rock'lette 2026
Concert de Shah Blah (rock psychédélique, Suisse) au Rock’lette, PALP Festival, le 14 août 2026, Col du Lein, Val de Bagnes, Valais, Suisse. Photo: Stéphane Gallay, sous licence Creative Commons (CC-BY)

Mais bon, n’oublions pas qu’on est là pour des concerts, alors allons voir la… scène? En fait un bout de pâturage délimité par une corde. Comme j’arrive un peu plus tard que prévu, je prends le premier groupe, Shah Blah, en route. Il faut dire aussi que le concert commençait à midi et quart.

Contrairement à ce que j’imaginais au départ, les quatre Bernois ne se sont pas inspiré des prêtres Slag-Blah que l’on trouve dans la BD Buck Godot, de Phil Foglio. Le contraire m’aurait un peu étonné, je dois dire, vu que c’est quand même une référence très obscure. En fait « Shablaah », est un terme d’argot qui a une signification… particulière. Je vous laisserai regarder.

C’est assez à l’image de leur musique, une sorte de rock psychédélique pas mal déjanté, dont je retiendrai surtout quelques instrumentaux à rallonge assez sympas. Je regrette un peu de ne pas avoir pu les écouter plus longtemps, mais en arrivant en retard, la foule était déjà compacte devant la scène

Elder au Rock'lette 2026
Elder (rock progressif psychédélique, USA/Allemagne) en concert au Rock’lette, PALP Festival, le 14 août 2026, Col du Lein, Val de Bagnes, Valais, Suisse. Photo: Stéphane Gallay, sous licence Creative Commons (CC-BY)

Changement de scène, et Elder commence vers 14:10, sous un soleil insistant, mais une petite brise vient apporter un peu de fraîcheur. Ça colle parfaitement avec le style des Americano-berlinois et leur mélange quasi parfait de heavy psych et de prog vintage, qui déménage quand même pas mal, mine de rien.

Le groupe semble connaitre quelques problèmes techniques dus à la chaleur et à l’altitude, mais ça ne les empêche pas de partir sur un set qui fait la part belle à leur dernier album, l’excellent Through Zero. Pour ma part, je me place dès le départ au premier rang. Au début, le son est très bon , mais il devient rapidement insupportable et je dois me rapatrier sur l’arrière.

Et je ne sais pas si c’est à cause de cet incident ou d’autre chose, mais je me retrouve à regarder le show de loin – plus à l’écouter, à vrai dire – avec un sentiment bizarre. Je n’ai pas l’impression d’être dans le concert. Je soupçonne que c’est dû à deux éléments: d’une, je n’ai pas (ou plus) l’habitude des concerts en plein air et, de deux, surtout en plein jour. Mais on en reparlera.

Chat Pile au Rock'lette 2026
Chat Pile (noise rock, USA) en concert au Rock’lette, PALP Festival, le 14 août 2026, Col du Lein, Val de Bagnes, Valais, Suisse. Photo: Stéphane Gallay, sous licence Creative Commons (CC-BY)

Elder va jouer environ une heure et, après un nouveau changement de scène sous un ciel nuageux, c’est Chat Pile qui conclut la journée. Ou, comme le disent les fans CHAAATPIIILE! J’avais vaguement entendu parler du groupe comme étant très efficace en concert. J’ai donc voulu lui donner une chance. J’ai tenu cinq minutes. Allez, disons dix.

Chat Pile, c’est une formation originaire de l’Oklahoma, qui se définit comme du noise-rock. Personnellement, je trouve que ça s’approche du hardcore, mais en mode mi-énervé, mi-dépressif. Ce n’est clairement pas mon style: oui, ça remue pas mal, mais ça ne me remue pas, moi.

Du coup, j’ai décidé d’arrêter les frais et d’aller attendre le bus du retour à la buvette du col. En plus, l’orage menaçait – même s’il n’a commencé à pleuvoir qu’une fois que j’étais dans le train. J’en suis un peu navré pour Chat Pile – qui avait quand même un public de taille respectable – mais ça illustre bien le côté un peu bizarre de mon ressenti.

Résumons: le cadre est superbe, mais c’est galère pour y aller, surtout quand on a le vertige. C’est de jour et en plein air, ce qui n’est jamais idéal pour les groupes qui jouent sur une certaine atmosphère. Je suis arrivé en retard pour le premier groupe, j’étais mal placé pour le deuxième – celui que j’étais venu voir, en vrai – et je n’ai pas du tout accroché au troisième.

Donc, mitigé. Objectivement, c’était chouette et, en toute honnêteté, je n’ai pas détesté l’expérience. Mais je me suis retrouvé avec des contrariétés diverses qui m’ont empêché de pleinement profiter des concerts. Là encore, c’est plus un problème de moi, plutôt que des groupes ou de l’organisation.

Je ne regrette pas, mais je ne suis pas certain d’avoir envie d’y retourner.

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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