L’eau comme métaphore scénaristique

Un article récent sur le blog rôliste américain Gnome Stew a attiré mon attention parce qu’il exprime en une analogie très simple une intuition que j’avais déjà depuis un moment.

En la comparant à de l’eau, Two Approaches To Creating Plots: Dominoes, and Water explique que, plutôt que de concevoir une intrigue comme une suite d’évènements s’enchaînant sans faille (les dominos), il est préférable en jeu de rôle d’avoir une approche plus fluide. Parce que “sans faille”, dès qu’on introduit des PJ, ça cesse d’exister. L’eau peut s’écouler partout, geler ou au contraire s’évaporer, se glisser dans les plus petites failles et, avec suffisamment de pression, faire bouger à peu près n’importe quoi.

Fondamentalement, c’est exactement l’idée qui se trouve derrière le texte sur les Trames adaptatives que j’avais écrit déjà il y a pas mal de temps et republié sur ce blog. Une partie de jeu de rôle n’est pas un livre, sa conclusion n’est pas gravée dans le marbre dès le début: ce sont les joueurs qui l’écrivent.

Du coup, le MJ a tout intérêt à prévoir une intrigue flexible, avec juste ce qu’il faut de flou pour ne pas être pris au dépourvu si les joueurs partent à l’ouest. Ou, à tout le moins, faire comme si c’était prévu: certains joueurs, tels les grands fauves, sentent la peur et l’indécision et en abusent dès qu’ils voient la faille; c’est souvent le seul point commun avec des grands fauves qu’ils ont, d’ailleurs – à part peut-être l’appétit.

C’est clair que c’est une approche qui demande une plus grande maîtrise de l’univers et de ses tenants et aboutissants, mais c’est une méthode bien plus puissante pour gérer des potentialités multiples et concurrentes.

(Image via Pexels sous licence CC0)

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6 réflexions au sujet de “L’eau comme métaphore scénaristique”

  1. Je répondrai “oui, MAIS…”

    Si je partage une bonne part des opinions susmentionnées, je crois qu’il est possible et même facile pour un MJ de manipuler avec une précision chirurgicale ses joueurs, le tout est d’avoir un levier suffisant. Je nuancerai fortement la faillibilité obligatoire d’un scénar linéaire.

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    • Oui, sans doute. J’ai aussi fait jouer des scénarios ultra-linéaires, avec rails, crémaillère et tunnels si nécessaires. Mais, suivant les joueurs, c’est casse-gueule.

      L’idée de la flexibilité, c’est un petit peu de la “meilleure pratique” (best practice) pour parler corporatiste. C’est un idéal. En pratique, peu de MJ avec un tant soit peu de bouteille font dans l’ultralinéaire et peu non plus font de l’impro totale acrobatique.

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  2. J’aime bien l’idée de l’eau comme métaphore. Je ne pense pas que partir de l’idée que le MJ dominera toujours les joueurs avec suffisamment de levier, il y a des jours où les joueurs sont en verve et le MJ non. Effectivement l’approche liquide implique de bien connaitre l’univers, c’est aussi pour cela que j’aime pouvoir borner le cadre de jeu et le nombre de personnages ce n’est pas une approche qui se marie bien avec les grandes métropoles et la globalisation.

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