Campagne d’insécurité

Avertissement: la seule lecture de ce billet peut vous valoir d’être mis sur la liste noire des Gens Qui Pensent Que Les Communiqués Gouvernementaux Antiterroristes Sont Du Pipeau Et Qui Du Coup Ne Valent Pas Mieux Que Des Terroristes Eux-Mêmes. Quand à son auteur, je ne vous raconte même pas…

Bref, tout ceci pour dire que la police londonienne s’est récemment illustrée en lançant plusieurs campagnes de communication sur le thème “dénoncer son voisin, c’est cool“. Comment dit-on “Vichy” en anglais, déjà?

Ce genre de choses a tendance à énerver tout un tas de gens, à commencer par les Londoniens eux-mêmes, qui n’aiment pas qu’on les prennent pour des neuneus. Du coup, sur BoingBoing, Cory Doctorow (auteur par ailleurs de Little Brother) a lancé un concours de détournement de ces affiches. Le résultat vaut la peine d’y jeter un œil.

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Internet et le rapport signal/bruit

Je me permets ici de réagir à la Lettre ouverte à des imbéciles postée par Psychée sur son blog (encore une excuse pour ne pas dessiner, feignasse!). Pas que je me sente concerné par l’adresse, mais plus par la tendance actuelle de prendre tout ce qui se trouve sur Internet pour argent comptant.

Le problème majeur est que, de plus en plus, des “gros” sites (notamment des version en ligne de journaux quotidiens) permettent aux lecteurs de commenter les articles. En soi, ce ne serait pas une mauvaise chose s’il y avait une modération digne de ce nom; le problème, c’est que la modération, ça demande d’avoir du personnel qui suit en permanence les discussions et qui gère les pénibles. En d’autres termes, ça coûte des sous et ça, c’est Mal.

S’il y a bien un truc que j’ai appris ces dernières années, notamment en participant à des conférences, c’est que le social, c’est bien si c’est bien géré; sinon, ça vire très vite au concours de celui qui a la plus grande (gueule), avec l’effet secondaire que l’excité avec un beuglophone est plus visible que cent interlocuteurs raisonnables et pondérés. Du coup, les interlocuteurs raisonnables et pondérés finissent par être dégoûtés et vont voir ailleurs s’ils y sont; restent les excités à beuglophones.

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Con comme un xénophobe

J’avais vu, sur un autocollant apposé ça et là dans les rues de Genève, “Les identitaires ont un petit zizi.” On ne peut pas vraiment dire que leur cerveau soit particulièrement développé non plus: déjà, il faut vraiment être du genre mou du bulbe pour être fier d’être né quelque part. Une preuve supplémentaire nous …

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Coopérative Équilibre: L’écologie près de chez moi

Aujourd’hui, la Tribune de Genève publie un article sur la Coopérative Équilibre, un projet pour construire un immeuble d’habitation avec un impact environnemental minimum. Le projet est ambitieux: récupération et filtrage des eaux, toilettes sèches, économies d’énergie à tous les étages et, en plus, engagement des habitants de renoncer à la voiture individuelle. Ce qui …

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Eolas vs. Besson: Fight!

Tiens, histoire de faire comme tout le monde et son petit chien, voici le pétage de râtelier du jour: leçon de droit de Maître Eolas à Luc Besson.

Maître Eolas est un avocat qui tient un blog dans lequel il y parle de droit et de justice; dans ce billet, il explique deux-trois choses au fameux tâcheron réalisateur/producteur français, auteur d’une tribune libre dans Le Monde sur le “fléau du piratage” (désormais accessible seulement en archive aux abonnés, mais encore lisible sur le blog des Nouveaux Cinéphilesen Somalie sur Internet.

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“Reviens, Voltaire, ils sont devenus fous”, de Philippe Val

En ces jours où, dans certains lieux, le terme “social-démocrate” est devenu un gros mot, je viens de finir le dernier livre de Philippe Val. Rien que le titre “Reviens, Voltaire, ils sont devenus fous” est garanti pour faire grincer des dents ceux qui n’aiment pas le personnage (ou qui n’aiment pas Michel Sardou).

J’y ai trouvé du bon et du moins bon. Je pars déjà avec un avis favorable: j’aime bien ce qu’écrit Val. Je ne suis pas toujours d’accord avec lui, mais, passé quelques tics de langage et une tendance à faire dans le verbeux, je trouve la plupart de ses arguments intelligents ou, à tout le moins, réfléchis.

Le bon, c’est toute la partie autour du procès des caricatures. Val nous emmène dans les coulisses de cet évènement. Bien sûr, on y verra une nette tendance à l’autopromotion ou à l’autocongratulation; d’un autre côté, il n’y a pas non plus tromperie sur la marchandise. Il y a même des parties franchement hilarantes, comme les interventions de Claude Lanzmann.

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“La Guerre des Classes”, de François Ruffin

À force de fréquenter des forums hantés par des chancres de l’ultra-gauche (tendance rôliste), ça devait arriver: j’ai fait le plein de littérature subversive à Paris, il y a trois semaines. J’ai donc lu, entre autres, La guerre des classes de François Ruffin.

C’est la faute de Loris. Il se reconnaîtra. Les services de police aussi.

C’est un livre qui revient sur le fait que la notion de “guerre des classes” a complètement été évacuée du discours politique mondial en général et français en particulier, alors qu’il est plus que jamais d’actualité. Il y a là beaucoup de témoignages directs (Ruffin est entre autres animateur de l’émission de radio “Là-bas si j’y suis” sur France-Inter et a rencontré pas mal de monde au cours de ses pérégrinations), de la recherche et énormément d’énergie et d’implication personnelle. Trop, peut-être.

À sa lecture, j’ai ressenti un double sentiment de malaise; triple, si on compte le fait que je l’ai lu dans le bus et que ça me rend malade. Le premier est évident pour quelqu’un qui prétend, comme moi, avoir une susceptibilité de gauche: une grande partie de la classe politique française qui s’affirme de gauche a complètement perdu pied avec la réalité et navigue à vue dans une bouillie idéologique faite de termes creux ressassés jusqu’à la nausée (des auditeurs) et d’une doctrine socio-économique de centre-droit quasiment assumée.

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The Probability Broach, une utopie libertarienne

Et si les USA étaient devenus libertariens, un modèle utopique de la libre entreprise et du libre échange, une nation idéale avec un gouvernement nominal et une administration inexistante? C’est le point de départ de The Probability Broach, une bande dessinée américaine (en anglais, donc), lisible intégralement sur le site web de son éditeur.

Sauf qu’en fait, ce n’est pas seulement une bande dessinée, au demeurant plutôt agréable à lire, avec son histoire de flic de base fuyant (par hasard) une société de gauchistes répressifs à travers une porte dimensionnelle: c’est aussi et surtout un ouvrage de propagande.

À part si vous vivez dans un caisson d’isolation sensoriel avec ce seul blog comme accès au monde extérieur (dans lequel cas il vous faut de l’aide psychiatrique d’urgence!), vous avez dû noter que les USA sont en période d’élection. Ce qui signifie que les forums US que je fréquente, RPG.net en tête, sont encore plus politisés que d’habitude.

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Bal tragique chez Charlie: un mort

Ça doit faire une douzaine d’années que je lis Charlie-Hebdo. C’est pour moi une lecture incontournable du jeudi (en Suisse, il n’arrive en kiosque que le jeudi). J’aime bien ce journal de gauchistes plus ou moins anars, avec ses dessins pipi-caca-bite-couille qui répondent à des articles de fond souvent très bien documentés.

J’ai appris, à la lecture du dernier numéro (paru mercredi 16 en France), que la rubrique de Siné ne paraîtrait plus. La raison semble être la suivante: Siné a écrit, dans un précédent papier, une pique à propos de Jean Sarkozy (le fils de l’autre) et de sa supposée conversion au judaïsme; quelques jours plus tard, un journaliste du Nouvel Observateur s’est fait l’écho du sus-nommé, qui semblait prêt à porter plainte pour injures antisémites. Philippe Val, directeur de la rédaction de Charlie, qui n’avait pas lu le billet en question avant parution, a alors demandé à Siné de s’excuser, ce dernier a refusé.

Bon, je ne vous lierai pas tous les articles de presse qui parlent de cette affaire: il y en a des wagons, plus ou moins factuels. Je n’ai moi-même pas vraiment prétention à résumer ce qui s’est réellement passé. Ce qui m’impressionne dans cette affaire, c’est le brassage qu’il y a autour. Une chose que j’avais déjà notée, c’est que pas mal de médias français de gauche ne se privait pas pour taper sur Charlie-Hebdo et, plus spécifiquement, sur Philippe Val. De mon point de vue, ces médias lui reprochaient surtout de ne pas penser comme eux. Du coup, avec cette affaire, vous pensez bien que ça y va à la pelleteuse.

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Minorité de Blocher

Aujourd’hui, on sait qui est le mouton noir représenté sur l’affiche de l’UDC: Christoph Blocher lui-même. L’Assemblée fédérale ne l’a pas réélu à son poste de Conseiller fédéral. En plus de l’ironie évidente de l’expulseur expulsé, il y a le fait qu’un Conseiller fédéral en poste ne soit pas réélu. C’est plutôt rare; du reste, …

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UDC: officiellement stupide

Bon, au moins, comme ça, c’est clair. La dernière affiche électorale de l’UDC, qui montre des moutons blancs sur un drapeau suisse expulsant à coup de ruade un mouton noir, a le mérite d’exposer clairement les thèmes chers à ce parti: Le fantasme d’une Suisse ethniquement pure et L’idée que les électeurs sont des moutons. …

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Grâce à l’UDC, luttons contre les idées qui puent

Hier, la fort sympathique Union démocratique du centre (qui n’est pas une union, qui est modérément démocratique et à peu près aussi au centre que l’aile droite de l’UMP) a fait parvenir à tous les ménages un zouli prospectus en couleur. Le prospectus en question est le lancement d’une pétition visant à renvoyer systématiquement les “requérants d’asiles criminels” hors de Suisse.

Je ne m’étendrai pas sur tout ce qu’une telle initiative a de puant – à commencer par le principe de la double peine et de la peine automatique. Après tout, on parle ici de l’UDC et de ses fantasmes habituels. Le point beaucoup plus amusant, c’est qu’elle nous a gentiment donné ici un très bon moyen pour lui exprimer clairement ce que nous inspirent ses idées.

Le prospectus en question inclut une partie qui peut être renvoyée, en port payé, à l’organisation. C’est la partie “récolte de signature”. Je ne vais donc pas me prier pour le faire — mais sans la moindre signature dessus. Non seulement ça signifie zéro signature, mais également un envoi aux frais du parti; ce n’est peut-être que 70 ou 80 centimes, mais j’invite toutes les personnes que ce genre d’initiative xénophobe rebutent de faire de même. Ce n’est pas mon idée, mais je l’approuve!

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La mystique de l’abus

Et c’est reparti pour le cirque! Vote, dans trois semaines, sur la révision de l’assurance invalidité (AI) et voilà l’UDC qui repart sur son couplet de “halte aux abus”. Ça devient fatiguant.

La tactique est au demeurant assez simple: soit une prestation offerte par l’État à des personnes dans le besoin (au sens large: dans le cas présent, c’est d’invalidité qu’il s’agit, mais ça peut également être le chômage, l’asile, l’éducation, etc.). On déclare haut et fort qu’il y a des gens malhonnêtes qui abusent du système et vivent au frais du contribuable (l’idée est aussi de dire que l’État gaspille l’argent de l’électeur, tant qu’à faire) et qu’il faut faire le ménage.

Admettons. Je ne sais pas pour vous, mais moi, dans ce cas, je renforce les contrôles en m’appuyant sur les textes existants. Oui, sauf que le but n’est pas réellement de lutter contre l’abus, mais de casser un système de solidarité qui déplaît foncièrement aux initiants.

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“Traité de savoir-survivre par temps obscurs”, de Philippe Val

J’aime beaucoup Philippe Val. Pour ceux qui ne connaissent pas — et qui, au vu du barouf médiatique de ces jours, vivent sans doute sous un caillou très bien isolé –, il est directeur de Charlie-Hebdo. À côté des dessins pipi-caca qui tapent, en vrac, sur la droite, les cons et les intégristes de tous poils, Charlie compte un nombre inquiétant d’éditorialistes de grand talent; Philippe Val est de ceux-là. J’ai toujours beaucoup de plaisir à lire ses éditos et, lorsque j’ai appris la sortie de son Traité de savoir-survivre par temps obscurs (Grasset, 240 p.), j’ai filé l’acheter.

Je m’attendais à y trouver quelques chroniques, à l’image de ses articles; j’ai été déçu. En bien. Ce Traité (qui me réconcilie quelque peu avec les traités, après ma précédente expérience) est à mi-chemin entre le pamphlet politique et l’ouvrage de philosophie bien costaud, le modèle pour barbus.

Il part sur la thèse que toute l’histoire de l’humanité repose sur une constante lutte entre “l’espèce”, qui représente les lois naturelles (l’instinct de survie, de reproduction, de sélection, de mort) et la culture ou la civilisation, qui tentent de donner un sens à la vie des hommes. Ce n’est pas très compliqué (à vrai dire, un des reproches que je ferais à cette théorie est qu’elle est justement trop simple, mais bon…) au départ, mais ça implique pas mal de mécanismes complexes, que l’auteur décortique à travers un certain nombre de ses auteurs fétiches: les Épicuriens, Spinoza, Freud.

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