Le black-metal mène à tout, à condition d’en sortir. Vous m’avez sans doute souvent entendu sortir cet aphorisme un peu foireux. Mais Stack Overflow in Corpse Pile Interface, le nouvel album de A Forest of Stars, le prouve de façon spectaculaire. Spectaculairement foutraque, même.
Fondé à Leeds en 2007, A Forest of Stars se décrit comme un club victorien de personnes de qualité. Quelles qualités précisément, la bio ne le précise pas, mais je soupçonne que le sens commun n’en fait pas partie. Leur musique est un black-metal avant-gardiste, empruntant au doom et à la poésie surréaliste, avec un violon très présent.
Posons déjà les choses: sixième album du groupe, Stack Overflow in Corpse Pile Interface dure un peu moins d’une heure et quart. De ses six pistes, seule la première dure moins de dix minutes (et encore, pas de beaucoup), les deux dernières culminant à dix-sept et quinze minutes, respectivement.
Si, avec tout ça, vous n’avez pas compris que A Forest of Stars est un groupe hors norme, qui ne fait pas vraiment de gros efforts pour se rendre accessible au commun des mortels (et des immortels), je rajouterais ceci: le chanteur, qui se fait appeler Mr Curse, a un style vocal qui se rapproche plus de la scansion que du chant traditionnel, qui plus est dans un style volontiers discordant, rappelant les divagation d’un fou pour pièce de Grand-Guignol.
En fait, vous allez sans doute me trouver bizarre – plus que d’habitude, s’entend – mais j’ai parfois l’impression d’entendre, sur Stack Overflow in Corpse Pile Interface, une version « univers-miroir » de Fish. Je retrouve le phrasé très théâtral et des paroles qui me rappellent les textes en écriture automatique des premiers Marillion. Mais avec un côté blackened-doom.
Et pas que blackened-doom, en fait, parce que ce serait faire l’impasse sur le deuxième élément caractéristique de la formation: Katheryne, Queen of the Ghost, qui équilibre les aspects les plus rugueux de la musique avec son violon et son chant clair. Et le mélange des deux, aussi dérangeant (et dérangé) qu’il puisse paraître, fonctionne extrêmement bien et donne lieu à des ambiances surréelles et oniriques (format « rêve d’opium mal maîtrisé ») à couper le souffle.
A Forest of Stars se revendique comme « British Black Metal » et je retrouve cette « identité britannique » dans leur musique – identité que j’ai plus tendance à associer au rock progressif, mais c’est peut-être aussi pour cela que j’entends cette étrange proximité avec les premiers titres de Marillion. Au reste, sur les photos du groupe, je ne sais pas si c’est lui qui arbore un maquillage très « gabriellesque ».
Mais plus que tout, cet album m’a absolument soufflé. On avait attendu huit ans pour cet album, après Grave Mounds and Grave Mistakes, et je le dis tout net: Stack Overflow in Corpse Pile Interface est un sérieux candidat au titre d’album de l’année 2026, mais j’ai aussi conscience que c’est un choix controversé: A Forest of Stars est un groupe qui cultive son excentricité jusqu’à l’aliénation. Vous êtes prévenus: vous qui entrez dans cet album, abandonnez toute santé mentale!
L’album est disponible sur Bandcamp.
Bonus: la lyric-video de « Ascension of the Clowns »


18/05/2026 at 10:18
Oui !!! C’est bon ça !
Merci