Un océan de visages

Nightwish à Colmar

La scène semble si minuscule dans un océan de visages tendus vers elle. Par-delà les accents de la musique, les riffs énergiques et les arpèges, la frappe méthodique de la rythmique et les accents épiques de l’orchestration enregistrée, par-delà la voix angélique qui s’offre en contrepoint au rouleau compresseur musical.

We were here !

La foule scande à l’unisson le refrain. Plus de cinquante mille fans dans la nuit qui scandent ces trois mots : « nous étions là ». Comme pour affirmer à la fois leur présence en cet instant, en ce lieu, mais aussi leur existence même.

Il le sent.

Guitariste invité, Arel est sur la scène, accordant son esprit à la musique, glissant sur la mélodie.

Il le sent.

Kelvin est dans la foule, non loin de la table de mixage. Le son est parfait, le public au diapason.

Elle le sent.

Florianne sent le frisson qui parcourt l’immense foule. Pas un frisson physique, mais plus le frémissement d’une conscience qui se révèle. Elle ferme les yeux, ouvre son esprit.

Le premier contact est celui de Kelvin. Surpris.

Ne t’inquiète pas, lui répond-elle mentalement. Elle prend sa main.

Tous ces esprits, tendus vers un seul point, dans une seule communion. Elle les touche, les uns après les autres ; un simple contact, comme une main sur l’épaule, la joue d’un être cher contre son visage. Jusqu’à celui d’Arel. Elle sent son sourire et lui, en retour, touche les autres membres du groupe.

La musique gronde comme un orage. Huit personnes face à cinquante mille.

Non, pas face à : avec. Ensemble. Et avec des milliers d’autres.

Florianne est comme extatique. Elle sent à peine les bras de Kelvin qui la soutiennent, mais est plus consciente de son inquiétude.

Je vais bien. Le contact mental de sa compagne est clair, intense comme pendant leurs jeux érotiques. Mais derrière, il sent la puissance colossale qui s’accumule. Il est tout de même inquiet.

Tu ne vas pas te mettre à léviter ou à avoir un halo, non ?

Non. Elle sourit. Et évite de me faire rire maintenant, s’il te plaît.

Que veux-tu faire ?

Écoute.

L’orage a éclaté, la composition, épique en diable, monte crescendo vers sa conclusion.

We were here!

We! Were! Here!

WE WERE HERE !

Et, sur la scène, Arel qui murmure, noyé dans les décibels, murmure repris en chœur par cinquante mille voix :

AND WE’LL BE BACK !

***

Elle ne sent rien.

Perdue dans la foule, noyée par le son, Sally pressent que quelque chose se passe. Mais elle ne sent rien. Elle est seule au milieu de cinquante mille personnes.

***

Il y a des jours où la musique me parle. Et il y a des jours un peu tous les jours.

Dans le cas présent – et même si je ne suis pas convaincu par l’ensemble – ce sont deux morceaux en particulier de Endless Forms Most Beautiful, le dernier album de Nightwish, « Alpenglow » et « The Greatest Show on Earth », qui m’ont inspiré ce petit texte de fiction.

Je suppose que, pour la plupart d’entre vous, il ne vous dira rien; les plus perspicaces y verront des thèmes communs avec Les sons impossibles, publié ici l’année passée.

En fait, ces textes se situent dans la continuité d’un projet qui me titille l’entendement depuis quelques mois, projet que j’avais mentionné en passant sur le site de Tigres Volants: alt-Erdorin, un « univers parallèle » se situant à notre époque où la Troisième Guerre mondiale n’aurait jamais eu lieu.

Pour le moment, je me contente surtout d’écrire des textes sur un mode limite cathartique, mais j’ai bon espoir d’arriver à les rassembler sous la forme d’un feuilleton mélangeant science-fiction, humour, érotisme et métal progressif – une autre de mes vieilles lubies.

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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