Même dans un univers de science-fiction où la longévité humaine a pas mal progressé, rechercher une personne disparue depuis deux siècles n’a rien d’évident. C’est pourtant la mission qui échoit à Eane Axthur, dans Translation State, d’Ann Leckie.

En fait, personne ne pense sérieusement qu’Eane va réussir. Mais sa route va croiser celle d’un orphelin, Hret, et de Qven, un individu en apparence humain, mais qui a été créé pour servir de traducteur pour les redoutables et mystérieux Presger, un peuple extra-terrestre inarrêtable, qui a semé terreur et destruction dans l’espace, avant d’imposer un traité (Le Traité!) à un peu tout le monde.

Si tout ceci vous dit vaguement quelque chose, c’est normal: Translation State est une sorte de suite de la trilogie dite du Radch – Ancillary Justice et autres. Elle se déroule quelques décennies plus tard, le Radch étant toujours dans sa phase de guerre civile « clonicide », alors qu’une partie de sa capacité militaire a demandé (et obtenu, un peu par défaut) son indépendance. Pour les autres peuples humains, cela crée une sorte d’appel d’air, le Radch ayant été pendant des millénaires la puissance hégémonique.

Le contexte est donc volatil, avec des multiples cultures qui ont des velléités d’autonomie face à des voisins plus puissants, en plus du fait que le Traité est en cours de renégociation pour y intégrer les anciens Ancillaires. Pour ne rien arranger, certains peuples pensent que les Presger n’existent pas et sont une fable pour les maintenir dans un état de subrogation. Et tout ceci va converger vers les négociateurs, qui se retrouvent en plus avec des traducteurs Presger en pleine rébellion adolescente. J’exagère, mais à peine.

Translation State reprend beaucoup des codes de ses prédécesseurs, ce qui est logique, mais en transposant ses personnages dans un contexte extérieur au Radch, moins formel. Plus brutal, aussi – encore que le Radch n’est pas étranger à la violence, même s’il se pare souvent des atours de la Civilisation face à la Barbarie. Et c’est un des thèmes du roman, même si ce n’est pas le principal. Ce dernier est plus à chercher du côté de la quête d’identité, des notions de familles choisies plutôt que des liens du sang pas toujours très fiables.

Globalement, j’ai bien aimé, grâce à des personnages attachants, un contexte très fouillé et plutôt crédible et une intrigue un peu touffue, mais globalement prenante. Par contre, si les jeux sur les pronoms exotiques vous avaient agacé, Translation State n’est clairement pas pour vous. S’il peut se lire indépendamment de la trilogie du Radch, il gagne beaucoup en complément de cette dernière. J’ai vu d’ailleurs qu’il y avait un autre roman, Provenance, ainsi qu’un recueil de nouvelles dans ce même univers.

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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