Bon, Tolkien: nazi ou pas? « Ou pas », répond avec assurance – et aussi pas mal d’arguments – Sébastien Fontenelle, dans son court essai Tolkien contre les Machines.
À l’origine de ce texte, une tendance lourde chez les techbros, libertariens et autres cryptonazis des USA et d’ailleurs: celle de s’accaparer des œuvres de l’imaginaire pour leurs délires suprémacistes. Que l’on pense à Grok, nom honteusement piqué par Elon Musk à En terre étrangère, le bouquin probablement le plus turbogauchiste de Heinlein, ou à Peter Thiel et ses compagnies pillant sans vergogne les termes inventés par Tolkien.
Que cette engeance n’ait jamais rien compris à ces œuvres – si tant est qu’ils les aient lues et/ou que ce ne soit pas juste une démonstration supplémentaire de leur cynisme – est un fait moult fois documenté. Mais il est vrai qu’il y a dans les œuvres de John Ronald Reuen Tolkien des éléments qui font douter du progressisme du bonhomme.
À commencer par ses propres propos. Dans sa correspondance, il se définit comme un réactionnaire et affirme abhorrer le socialisme. De plus, converti très tôt au catholicisme, il est très croyant. Il y a également des propos glorifiant la « race nordique », chose qui transparait assez nettement dans les Terres du Milieu, où la civilisation est au nord et à l’ouest, là où la barbarie est à l’est et au sud.
Certes. Mais Tolkien, s’il est né en Afrique du Sud (alors dominion britannique), a vécu presque toute sa vie en Angleterre, c’est-à-dire ce qui se fait de plus nord-ouest en Europe. Le contexte de la première moitié du XXe siècle pèse aussi lourdement sur son point de vue sur le monde.
Dans Tolkien contre les Machines, Sébastien Fontenelle met surtout l’accent sur l’amour que porte l’auteur à la nature et sa profonde détestation des mutations – ou plutôt, les destructions – que le monde moderne y apporte.
Dans sa démonstration, sous-titrée Écologie et antifascisme en Terre du Milieu, l’essayiste met en avant le peuple des hobbits, qui forme une communauté presque anarchiste, sans chefs et où l’économie semble surtout basée sur les cadeaux. Et c’est ce peuple, sans histoire et sans ambition autre que de vivre une bonne vie, qui va donner aux Terres du Milieu ses deux grands héros, Bilbo et Frodon.
L’autre épisode, c’est l’affrontement entre Isengard, la tour que Saroumane a transformée en un complexe militaro-industriel, et les Ents, cette civilisation d’êtres-arbres. On n’a aucun mal à y lire la revanche de la nature sur ses destructeurs.
S’ajoutent à cela quelques éléments de la vie de Tolkien qui viennent rééquilibrer les propos sus-mentionnés. Sa réponse à un éditeur allemand qui voulait s’assurer de son « aryanité » avant de traduire Le Hobbit vaut son pesant de currywurst.
Donc, le prévenu Tolkien, fasciste? Assurément pas, mais assez clairement conservateur, tout en ayant un amour de la nature qui le rapprocherait aujourd’hui des écologistes et de la décroissance. La démonstration de Sébastien Fontenelle est plutôt convaincante, mais je l’ai trouvée un peu « légère ». À l’image du bouquin, d’ailleurs, avec ses 128 pages.
Ça fait un moment que je lis la prose de Sébastien Fontenelle et je n’ai pas pu manquer que c’est quelqu’un avec des idées qui seraient de gauche si elles étaient plus conservatrices. Je dirais que Tolkien contre les machines est un texte qui est plus du domaine du pamphlet que de l’essai. Il ne lui manque pas grand-chose pour être plus solide et, quelque part, c’est un peu dommage. Mais en l’état, pour peu qu’on soit plutôt sensible à un biais de gauche (comme la réalité), c’est une lecture intéressante.


06/10/2026 at 10:32
Je n’en peux plus des « progressistes » autoproclamés qui font des tests de pureté sur tout et n’importe quoi (ou plutôt n’importe qui), qui se permettent de juger les autres (parce qu’eux sont au-dessus de tout reproche probablement) surtout ceux qu’ils ne connaissent pas, et dans le cas des gens d’une autre époque, qui les jugent avec des grilles de lecture contemporaines.
Surtout ne pas leur dire que l’on peut être croyant et gauchiste, et qu’au vingtième siècle il était possible d’être de droite et anti-fasciste, je crois que leur petit cerveau grillerait en essayant de comprendre. Oui, être « progressiste » n’est pas plus signe d’intelligence qu’être « réactionnaire » est signe de sympathies fascistes ou racistes.
Surtout que les deux termes n’ont que les sens que l’on veut bien leur donner (perso, j’ai toujours trouvé ces tests de pureté très réactionnaires)
Cette obsession des labels et des petites cases bien simpl(ist)es pour mettre les gens, s’autoproclamer « le bien » et les autres « les méchants » ça me rappelle d’autres époques justement…
Mais bon…