“Sheroes 1950”, de Jean Rebillat

Il y a des coïncidences parfois surprenantes: je suis tombé sur Les Couleurs de l’Avenir et Terres de Feu, deux romans de Jean Rebillat dans la série intitulée Sheroes 1950, à Trolls & Légendes et j’ai commencé à les lire à peu près en même temps que je tombais sur le premier tome de V-Girls.

Or, ces deux séries ont pas mal de points communs: une Seconde Guerre mondiale uchronique, des femmes dotées de capacité hors du commun et un côté pulp marqué.

(En y réfléchissant, ce n’est pas vraiment une coïncidence: ce sont des thèmes que j’aime bien. Il est donc logique que je retombe dessus régulièrement.)

Ces romans partent néanmoins dans une direction très différente: dans Sheroes 1950, les puissances de l’Axe sont sur le point de gagner la guerre; seuls les USA et une poignée de nations mineures continuent encore le combat.

La raison d’un tel succès – qui fait généralement hurler à la mort tout uchroniste qui se respecte – est l’apparition de mutants humain dotés de pouvoirs extraordinaires. Pouvoirs que les Nazis ont très vite mis à contribution, formant une cohorte de super-soldats à la tête de hordes déshumanisées qui ont balayé l’Europe.

Il y a pas mal d’autres changements dans la trame historique, mais à côté de celui-ci, c’est assez mineur. C’est au milieu de ce foutoir qu’apparaît Ashito, japonaise mais résistante, et surtout venue du futur. Elle et une poignée de femme dotées de pouvoirs exceptionnels vont se retrouver la dernière ligne de défense du monde libre face aux hordes inhumaines.

Posé comme ça, l’idée est un peu bizarre, mais rien à dire: on est dans le pulp pur sucre. Des méchants très méchants, un combat désespéré face à un ennemi implacable et en supériorité quasi-générale, des héroïnes qui doutent, qui galèrent, mais qui y vont quand même, des grandes batailles, des bombes atomiques!

J’aurais voulu aimer ces bouquins, mais je n’y arrive pas vraiment, sans trouver ça mauvais non plus. Sheroes 1950 a beaucoup de qualités, mais également pas mal de défauts qui, sans être rédhibitoires, me cassent un peu le plaisir de lecture.

Le contexte est plutôt sympa. Certes, mon historien intérieur est mort au moins quatre fois, mais comme c’est du pulp, une injection de sérum de résurrection et ça repart! On a aussi des intrigues bien tendues, où on comprend assez rapidement que les Américains, ils sont un peu tous seuls dans leur slip dans cette histoire. Et que ça a d’ailleurs des conséquences sur le slip.

Ceci posé, le plus gros défaut de cette série, c’est que c’est du pulp dans l’ambiance, mais pas dans le ton. Dit autrement, je trouve que ces romans se prennent beaucoup trop au sérieux. Ce qui est à mon avis un problème, parce que dans mon idée, le pulp – surtout aujourd’hui – est un genre très “deuxième degré”.

J’ai aussi trouvé que les liens entre les personnages étaient très ténus, à part entre Ashito et Gabrielle (qui a une armure de combat volante qu’elle est la seule à pouvoir maîtriser). Que ce soit le cas dans, disons, une première moitié ou un premier tiers de bouquin, OK. Mais là, j’ai un peu l’impression qu’à la fin du premier tome, elles se tolèrent plus qu’elles ne s’apprécient. On dirait un peu mes chats.

J’avoue cependant avoir lu ces deux histoires sans déplaisir. Je ne suis pas 100% certain d’avoir envie de lire un troisième tome – même si je le lirai sans doute. C’est de l’uchronie un peu alien space bat, comme disent les forums anglophones, mais ça déménage bien.

Si le ton avait été plus léger, j’aurais pu en parler comme inspiration pour Freaks’ Squeele, le jeu d’aventures, pour faire jouer pendant la Seconde Grande guerre. Cela dit, tout rôliste qui se respecte pourra y trouver des idées à récupérer.

Les Couleurs de l’Avenir et Terres de Feu sont édités chez Armada; leur site est encore en rade, mais vous pouvez trouver les bouquins sur de nombreux sites.

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15 réflexions au sujet de ““Sheroes 1950”, de Jean Rebillat”

  1. L’idée me plaisait à donf, jusqu’au moment où tu me dis que c’est sérieux, et là, de suite, en effet, ça donne moins envie…

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    • Le problème n’est pas tant que ce soit sérieux, c’est surtout que c’est écrit très “premier degré” alors qu’objectivement, on est dans un contexte très “over the top”.

      J’aurais aussi pu mentionner que les bouquins sont un poil trop long, à mon avis.

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  2. Je me demande si un jour je ne me lancerais pas dans ce type de récit autour de la 2GM… rabâché mais il y a des territoires inexplorés

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    • Je ne te cacherais que, moi-même, j’ai une idée d’uchronie Seconde Guerre mondiale à la Macross.

      Imagine un instant: le vaisseau extra-terrestre avec la proto-technologie s’écrase sur l’Île de Rügen en 1934…

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  3. Comme univers mutants + WWII que j’ai bien aimé, y’a Block 109, en absolument pas pulp et ultra-noir, mais où les quelques touches d’humanité confèrent au récit toute sa beauté et son questionnement. Et puis y’a des grosses bastons.

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        • Bonsoir, j’ai la série chez moi sauf le dernier tome qui se passe dans le Pacifique. Espoirs, c’est vite dit, on détruit la ”civilisation” pour un reboot, on peut trouvé mieux comme remède.

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          • C’est sûr qu’on a vu mieux côté optimisme… Mais l’idée de vouloir faire un tyran bienveillant comme ça, qui veut pas juste détruire le monde pour détruire le monde, qui est persuadé de la pourriture de l’Humanité tout en voulant lui donner une seconde chance, j’ai quand même pensé ça bien trouvé.
            Par contre, la couleur dans Block 109… La couleur, quoi ! Le premier tome était un roman graphique qui se démarquait par le peu d’utilisation de celles-ci et rappelait ainsi la noirceur historique, mais avait aussi un vrai côté artistique. Alors je sais pas ce que ça vaut les suites, mais c’est dommage de pas avoir gardé leurs partis pris.

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