Les robes rouges sont, dans les cultures natives américaines contemporaines, un symbole des violences faites aux femmes de ces communautés et à leur résilience. Et cet album, ᎠᏌᏃ ᎩᎦᎨ (The Red Dress), du projet RematriNation, s’en inspire pour nous balancer un album puissant et pas banal.

Et ne me demandez pas comment ça se prononce. C’est du cherokee et ce n’est pas DU TOUT comment ça semble s’écrire.

RematriNation est le projet de la compositrice Lisa LaRue, de la nation cherokee, qui pour l’occasion s’est entourée de des autres musiciens d’origine native américaine, le multi-instrumentiste Juan R. Leõn et la chanteuse Carolina Padron. Sur cet album, ils proposent un rock progressif moderne, parfois nerveux, mais le plus souvent symphonique.

ᎠᏌᏃ ᎩᎦᎨ (The Red Dress) est le premier album du projet. Il compte neuf pistes plutôt courtes, entre deux et six minutes, et deux autres un peu plus longues, de sept et huit minutes. Au total, l’album dure cinquante quatre minutes.

J’avoue volontiers un attrait pour les groupes venus de lieux ou de peuples que l’on associe rarement avec le rock ou le metal. Attrait pas toujours très raisonnable et pas toujours très sain non plus, une sorte « d’exotisme »pas vraiment de bon goût. Mais ça explique en partie mon intérêt initial pour RematriNation, initialement découvert par le confrère de Prog et +.

Ceci posé, ᎠᏌᏃ ᎩᎦᎨ (The Red Dress) est un album franchement impressionnant. Par son thème, déjà, qui fait référence à une journée d’hommages aux femmes, filles et personnes bispirituelles tuées ou disparues. Mais aussi musicalement, avec des compositions entre symphonique et progressif, avec quelques pointes de metal. Quelques pointes seulement, parce que l’album est plutôt dans les rythmes lents en mid-tempo, avec des ambiances mélancoliques et poignantes.

Les trois musiciens qui composent RematriNation sont impressionnants, avec une mention spéciale à Carolina Padron, la chanteuse équatorienne, tout bonnement exceptionnelle. Les éléments inspirés des cultures natives ne sont pas très mis en avant, mais plutôt présents comme une coloration.

Je mettrais cependant un bémol sur certaines sonorités un peu démodées, comme sorties de la naphtaline dans lesquelles elles étaient plongées dans les années huitante, et aussi sur une production que j’ai trouvé un peu « plate »; avec un peu plus de souffle, elle aurait facilement pu transcender quelques pistes.

L’un dans l’autre, ᎠᏌᏃ ᎩᎦᎨ (The Red Dress) est néanmoins un album de très grande qualité; pas tant par son originalité, mais par ses thèmes et leur mise en valeur dans des compositions authentiques et blindées d’émotions. Je ne peux que vous conseiller de vous intéresser à RematriNation, qui est sur Bandcamp, via leur label.

Bonus: « Nothing New Since 1492 » (non-vidéo auto-générée, mais c’est un peu ça ou rien…)

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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