Trois héros improbables qui en accompagnent un troisième, encore plus improbable, c’est le point de départ très, très résumé du premier tome de L’Oiseau qui boit des larmes, tétralogie de fantasy signée Young-do Lee, intitulé Le Cœur des Nagas.

Improbables, pas tant pour leur personnalité, qui est certes très haute en couleur, mais plus par le fait qu’ils viennent de quatre peuples différents et, dans le cas du naga Ryun, ennemi.

Les Nagas sont un peuple peu décrit, mais qui semblent être des serpents humanoïdes: sang froid, vision thermique, peau écailleuse qui mue périodiquement, reproduction ovipare. Leur société est matriarcale, les mâles ont un rôle reproducteur, mais aussi lié à la défense de leur peuple, notamment via la Tour, dans laquelle le cœur des Nagas est entreposé, procédure qui leur donne une forme d’immortalité (relative, mais quand même importante).

Dans le cas de Ryun, il s’est enfui avant que son cœur ne lui soit retiré. Par peur du processus, mais aussi parce qu’il a vu son meilleur ami mourir devant ses yeux, après lui avoir confié la mission qu’il aurait dû remplir. Mission qui implique donc de quitter la torpeur confortable de la jungle où il vivait et parcourir les terres glaciales (pour lui) jusqu’à un temple, escorté par un Tokkebi, qui peut manipuler le feu, un Rekkon, gigantesque coq combattant, et un chasseur humain qui mange les Nagas.

Leur voyage, qui ne fait que commencer dans ce premier tome, est compliqué par le fait que la propre sœur de Ryun a fait le serment de le tuer et qu’elle s’est alliée à un tigre géant. De plus, leur route semble parsemée par une malédiction de rois, des humains qui se prennent pour des monarques et se lancent dans des croisades tragi-comiques. Ah, il y a des dragons, aussi. Enfin, un.

Dans sa saga (de Nagas), Young-do Lee a fait appel au folklore coréen pour teinter sa fantasy. Cela donne un univers parfois surprenant, mais que je n’ai pas trouvé personnellement aussi dépaysant que ça.

(Au reste, vous pouvez largement ignorer l’étiquette « Le Tolkien coréen » apposée sur la couverture. C’est du pur marketing – et potentiellement insultant pour un peu toutes les parties concernées.)

À ce stade, je dois quand même préciser que la fantasy pure et dire, je ne suis pas particulièrement client. L’Oiseau qui boit des larmes est encore un bouquin que j’ai lu dans le cadre de mon devoir (DEVOIR!!!) de juré du Prix Planète-SF. Je suis d’ailleurs un gros gâté: hormis Le Livre des Passages, que j’avais déjà lu en VO, les trois autres ouvrages sont dans des sous-genres qui ne me branchent pas, mais passons.

Cependant, j’ai plutôt bien aimé la lecture de ce premier tome. On sent le côté fantasy épique avec des enjeux existentiels sérieux et tout, mais les personnages gardent les pieds sur terre, ils rigolent, il y a des trucs absurdes. C’est assez rafraîchissant, somme toute.

Avis global plutôt positif; pour le moment, ce n’est pas mon préféré de la sélection (et je ne suis pas certain d’avoir envie de lire la suite), mais ce n’est pas celui que j’aime le moins non plus. Il se lire assez facilement, mais manque peut-être de rythme; c’est plus un voyage, une découverte, que de la quête épique et trépidante.

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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