Novembre 1918. Alors que la Grande Guerre semble toucher à sa fin, deux soldats, Albert Maillard et Édouard Péricourt, vont voir leurs destins liés dans le sang et la boue. Cette scène marque le début de Au revoir là-haut, roman de Pierre Lemaître.

Je tiens tout de suite à prévenir mes habitués: ici, point de fantastique ni même de science-fiction. Ce roman, c’est ce que les amateurs d’imaginaire appellent, avec un poil de mépris, de la « blanche ». C’est même un Prix Goncourt, c’est dire – même si le premier roman à avoir reçu ce prix, Force ennemie de John-Antoine Nau, était un roman de science-fiction.

Au revoir là-haut, c’est d’abord un roman qui parle de cette période juste après la Première Guerre mondiale, du point de vue des anciens soldats. Albert, traumatisé après avoir été enterré vivant dans un trou d’obus, et Édouard, « gueule cassée », qui s’est fait passé pour mort pour se débarrasser d’une famille qui ne l’aimait pas vraiment – trop artiste, pas assez garçon.

On y croise donc d’authentiques victimes, d’authentiques salauds et tout un petit monde entre les deux, mais souvent avec un côté un peu grotesque, plus grand que nature. Un chef d’entreprise pris de remords, un ancien officier arriviste, une femme trompée, mais pas dupe, un fonctionnaire qui semble être l’incarnation de l’acariâtre. C’est d’ailleurs assez marrant comment l’auteur s’amuse parfois à mettre en place des archétypes et ensuite à les faire se remettre en cause.

Deux éléments m’ont particulièrement parlé dans ce roman. D’une part, le portrait que Pierre Lemaître fait de cette époque. Un vingtième siècle à peine adolescent, un pays traumatisé par une tuerie sans nom et ses conséquences et une ville où très riches et très pauvres se croisent, se côtoient même parfois. D’autre part, une écriture « tendue », faite de très longs paragraphes (une page = un paragraphe) avec un narrateur qui semble se mettre au niveau de ses principaux protagonistes (Albert en premier lieu). Il y a un côté un peu feuilletonnant dans ce style (j’ai vu passer le terme « roman picaresque »), très dans le ton de l’époque et de l’histoire.

Ce n’est pas évident de prime abord: la version poche que j’ai lue faut plus de six cents pages, avec une mise en page très dense, mais ça se lit plutôt bien.

Je dois à la fois remercier mon épouse, qui m’a offert Au revoir là-haut sur la foi d’une intuition, et un peu la maudire également, vu que le roman est le premier tome d’une trilogie, intitulée Les Enfants du désastre. Je suppose qu’il ne me reste plus qu’à lire les deux autres – mais pas tout de suite.

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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