Toulouse, c’est loin. Certes, mais Toulouse, c’est bien aussi. Parce que c’est la ville qui accueille le Ready for Prog? Festival, le seul festival de metal progressif en France (à ma connaissance).

J’étais allé à la première édition, qui à l’époque s’appelait Very Prog Festival; c’était en 2018. Cette édition-ci est la sixième et entre-temps, on a eu droit à la pandémie et quelques autres avanies.

On pourrait même se demander si le festival n’est pas un peu maudit, puisque cette édition se déroule un week-end de manifestations massives. Et, en parlant de malédiction mon hôtel se trouve bien entendu près d’un des points chauds… Au moins, il n’a pas cramé.

L’organisation du Ready for Prog? m’a fort aimablement accordé un passe presse, ce qui me permet de débarquer avec l’artillerie de marine. La salle du Rex est, d’après mes contacts locaux, une des scènes mythiques de la région toulousaine, surtout pour le metal. Ancien cinéma, la salle possède un bar, un lustre et une jauge autour de 500 personnes. Spoiler: on ne les aura pas.

Arrivé tôt à la porte, j’ai la demi-surprise d’être reconnu par plusieurs habitués de la chaîne – que je ne reconnais bien évidemment pas, d’une part parce que ma mémoire des noms et des visages est épouvantable, mais aussi parce que je n’ai jamais vu leurs visages, en fait. C’est pas grave, c’est cool quand même. Autre excellent point: le bar propose des bières locales, dont une IPA tout à fait recommandable.

Mais n’oublions pas que nous sommes là pour écouter du prog et que la réponse à « Ready for Prog? », c’est « Yes »! Même si ici, c’est du prog-metal, donc assez peu de rapport avec Yes.

Bref.

Amon Sethis (power-prog-metal, France) au Ready for Prog? Festival, Le Rex, Toulouse (France), le 16 octobre 2026. Photo: Stéphane Gallay, sous licence Creative Commons (CC-BY)

C’est à Amon Sethis que revient l’honneur d’ouvrir le festival. Les Grenoblois, qui étaient déjà là en 2018, envoient un power-prog-metal extrêmement efficace, et très visuel, avec leur thématique égyptienne. Amon Sethis, ça avait été pour moi une découverte en 2018 et, depuis, le groupe n’a cessé de monter en puissance, avec deux albums d’excellent niveau qui me font me poser la question: pourquoi ne sont-ils pas plus connus?

Et, sur scène, cette impression d’excellence se confirme. Les quatre musiciens (sans leur claviériste) sont très enthousiastes, notamment Laëtitia, la bassiste bondissante et, bien évidemment, Julien, au chant. Cette fois-ci, il n’a foutu le feu à rien, mais parfois il arbore un masque de momie desséchée.

Soyons franc, la musique d’Amon Sethis n’est sans doute pas la plus prog du week-end. C’est plus power que prog, mais le groupe a pour lui un grand professionnalisme et une indéniable énergie, qui emportent l’adhésion du public.

Philosophobia (prog-metal, Allemagne) au Ready for Prog? Festival, Le Rex, Toulouse (France), le 16 octobre 2026. Photo: Stéphane Gallay, sous licence Creative Commons (CC-BY)

Un bref changement de set et le deuxième groupe de la soirée, Philosophobia, arrive avec un metal progressif très énervé. La formation allemande est menée par un chanteur au look hardcore qui alterne chant clair et un style plus crié.

Leur musique, qui incluait beaucoup de morceaux de leur premier opus, est aussi impressionnante que sur l’album, avec énormément d’énergie et de technique. C’est assez nettement le groupe le plus original programmé ce week-end.

Techniquement, rien à redire, mais leur set est cependant un peu pénalisé par une scénographie un peu statique, presque timide, surtout en comparaison avec les deux autres formations du jour. Ce qui est dommage, parce qu’un jeu de scène plus énergique aurait collé à merveille avec leur musique.

DGM (power-prog-metal, Italie) au Ready for Prog? Festival, Le Rex, Toulouse (France), le 16 octobre 2026. Photo: Stéphane Gallay, sous licence Creative Commons (CC-BY)

Tête d’affiche du vendredi, DGM – également présent lors de l’édition 2018 – débarque en mode patron. Les quatre Italiens – sans leur bassiste, ce qui lui vaudra quelques quolibets in absentia – vont embarquer le public dans un show extrêmement énergique et enthousiasmant.

Leur power-prog-metal est assez classique, mais envoyé avec beaucoup d’enthousiasme et une complicité visible entre les musiciens, ce qui contribue beaucoup à l’ambiance. Et même s’il semble que claviériste et batteur étaient des remplaçants, ça ne s’est pas du tout senti.

Quelque part, cet accent power-prog-metal est une petite surprise par rapport à leur dernier album, Endless, beaucoup plus prog seventies. Il se trouve que leur setlist est plutôt axée sur les précédents albums, mais ils vont quand même jouer quelques morceaux du dernier, avec même le claviériste qui sort une flûte traversière. Ça, je vous l’avoue, je ne l’avais pas vu venir!

After Lapse (prog-metal, Espagne) au Ready for Prog? Festival, Le Rex, Toulouse (France), le 17 octobre 2026. Photo: Stéphane Gallay, sous licence Creative Commons (CC-BY)

Le lendemain, on esquive grenades lacrymogènes, feux de poubelles, gyrophares lancés à toute allure et autres joyeusetés et on retrouve Le Rex. C’est la formation espagnole After Lapse qui vient lancer la machine. Hier, le chiffre-clé était quatre musiciens sur scène, aujourd’hui ce sera cinq. Même si, officiellement, cette première formation est un sextet.

Sur le papier, After Lapse est une formation plutôt récente, mais on sent que les musiciens ont pas mal de bouteille, avec une scénographie maîtrisée. Par exemple, ils n’hésitent pas à venir jouer au milieu de la foule. Et aussi à faire sauter le public – encore que « tenter de faire sauter » serait plus juste: vu l’âge moyen, ce n’était probablement pas très raisonnable.

Musicalement, j’ai aussi été favorablement impressionné par de très belles parties à deux voix. Certes, leur metal progressif très mélodique, entre Dream Theater et Haken, n’est pas le plus original du week-end. C’est très classique, mais c’est réalisé avec beaucoup d’enthousiasme. En tout cas, moi, j’ai été enthousiasmé.

Kingcrow (prog-metal, Italie) au Ready for Prog? Festival, Le Rex, Toulouse (France), le 17 octobre 2026. Photo: Stéphane Gallay, sous licence Creative Commons (CC-BY)

C’est ensuite le tour de Kingcrow et la formation romaine déboule avec un prog-metal alliant énergie, intensité et enthousiasme. Oui, je dis beaucoup « enthousiasme » dans ce live-report, mais ce n’est pas de ma faute si tous ces groupes sont enthousiasmants. Le style de compositions rappelle un peu Leprous, mais en beaucoup plus remuant.

Emmenés par un chanteur survolté, les cinq musiciens vont nous balancer un show très impressionnant. Et si on parlait des harmonies à deux voix, Kingcrow joue avec pas moins de quatre vocalistes. Ils font même chanter le public en concluant par « You’re in the band now ».

Bien évidemment, les compositions de Hopium, leur plus récent (et excellent) opus, sont à l’honneur, mais le groupe puise également dans le reste de son répertoire. On ne va pas se plaindre, il y a de très belles choses dans la discographie du groupe.

TEMIC (prog-metal, international) au Ready for Prog? Festival, Le Rex, Toulouse (France), le 17 octobre 2026. Photo: Stéphane Gallay, sous licence Creative Commons (CC-BY)

La soirée aurait pu s’arrêter là qu’on aurait déjà été régalés, mais il reste encore TEMIC. Supergroupe international formé autour de Diego Tejeida et Eric Gillette, c’est la tête d’affiche du samedi et ils vont avoir à cœur de défendre cette position.

Souvent, le défi d’un supergroupe, c’est que l’assemblage de pointures donne un show un peu froid, mais sur ce point, TEMIC apparaît remarquablement homogène. C’est notamment Fredrik, leur chanteur à la fois fragile, tourmenté et charismatique, qui va impulser émotion et intensité dans le metal progressif du groupe. Il n’hésite pas à sauter dans la foule pour venir chanter au milieu du public.

Là encore, c’est leur dernier album en date, Ceiba, qui est au centre de la setlist, un concept album qui parle de perte et qui réserve des moments poignants, notamment quand Fredrik parle de sa grand-mère disparue avant « As Long As We Last ». Le groupe conclut sur une note plus légère, en rappel, avec un « Mothallah » qui se termine en karaoké.

Et c’est ainsi que se termine cette sixième édition du Ready for Prog? Festival. Édition peut-être un peu réduite en taille, mais avec six groupes d’excellente tenue.

Quelques remarques générales sur la technique: les lumières étaient excellentes, avec pas mal d’éclairage en façade, idéal pour les photos. Les photographes avaient même accès à un petit bout devant les barrières (petit, car bloqué par l’avancée de la scène). Le son était globalement bon, voire très bon, fort, mais pas trop fort. Je contesterais cependant une tendance, sur certains groupes, à un peu trop mettre en avant la batterie et pas assez les voix.

Je pourrais aussi ricaner sur le fait que ce sont des « concerts pour vieux », avec ouverture des portes à 18 h et fin avant 23 h. D’un côté, c’est cool de ne pas finir à deux heures du matin, de l’autre plusieurs spectateurs m’ont dit que c’était du coup compliqué pour eux de venir – pour certains, 18 h est l’heure à laquelle ils sortent du boulot.

Maintenant, le côté triste, c’est que le public n’a pas vraiment répondu à l’appel. Il est loin le temps où le festival remplissait le Metronum: ici, le Rex n’était même pas à moitié plein – d’un public certes très enthousiaste, mais l’enthousiasme ne remplit pas la billetterie et il est très probable qu’il n’y ait pas de septième édition. L’organisation a cependant lancé une cagnotte, n’hésitez pas à contribuer, si vous le pouvez, par un don libre ou en achetant un t-shirt.

Comme d’habitude, vous pouvez trouve ce live-report en vidéo, sur YouTube et sur Peertube, mais aussi deux captations live, d’After Lapse et TEMIC, ainsi que les photos, sur Flickr.

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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