JP et son pote Dulin montent à bord d’un bus qui part explorer les Impossibles d’Amérique du Nord, des attractions touristiques défient les lois de la physique. Car dans le monde de When We Were Real, de Daryl Gregory, l’humanité sait depuis quelques années déjà qu’elle vit dans une simulation.
L’hypothèse de simulation est un énoncé philosophique tout ce qu’il y a de plus sérieux, qui suggère que notre existence ne serait qu’une expérience de réalité simulée. Dans le monde de When We Were Real, il y a eu une Annonce, qui ne permettait aucun doute quant à la véracité de cette hypothèse (laquelle est d’ailleurs renouvelée chaque semaine), suivie par une période de Panique Générale (Freakout en anglais). Sept ans plus tard, les choses se sont – un peu – tassées et la vie (simulée) a repris son cours.
Et donc, JP, aussi nommé L’Ingénieur, et Dulin, Le Scénariste de BD, embarquent pour un tour des différentes anomalies qui sont apparues en Amérique du Nord depuis l’Annonce, histoire de bien enfoncer le clou. Avec eux, un groupe d’Octogénaires obsédés sexuels, deux Sœurs catholiques et un Rabbin (ce qui fait rire Dulin quand ils entrent dans un bar), mais aussi une Influenceuse enceinte, une Professeure au passé inquiétant et une Guide novice et complètement dépassée par les événements.
Tout ce joyeux aréopage, et quelques autres, vont se fréquenter, bricoler des trucs pas clairs, jouer avec leurs propres agendas, manipuler d’autres passagers et discuter philosophie, religion et raconter des blagues (OK, sur ce dernier point, c’est surtout Dulin). Quant à JP, lui, il profite de ce qui semble être ses derniers mois à vivre, rapport à une tumeur au cerveau au stade terminal (qu’il appelle Brian, la faute à une malencontreuse typo sur son diagnostic).
Et tout ceci serait bien gentil s’il n’y avait pas une bande de fous furieux, qui pensent que la trilogie Matrix est une prophétie et voit le reste de l’humanité comme des PNJ à buter pour monter de niveau. Et qui ont un des passagers en ligne de mire.
De Daryl Gregory, j’avais lu l’excellent I’m Not Disappointed, Just Mad, sa novella-hommage à la Culture, de Iain M Banks. J’ai retrouvé dans ce roman le côté foisonnant d’un univers cinglé dans lequel des gens normaux essayent de vivre une vie normale. Les personnages sont sans doute ce qui fait le sel de ce roman-ci, dont les chapitres sont vus par l’un ou l’autre des protagonistes.
L’univers de When We Were Real est… ben, disons que c’est notre monde, avec le curseur de zarb monté de plusieurs crans. Il y a certes les Impossibles, qui sont des attractions où les lois de la physique n’ont plus vraiment cours: une tornade figée, des endroits où la gravité part à angle droit, ou un tunnel qui relie deux points éloignés de plusieurs centaines de kilomètres et qui se traverse en une minute de temps extérieur – mais où on peut rester des jours, voire des mois.
Mais il y a aussi des modifications culturelles majeures. L’Annonce a eu un impact sévère sur les croyances, au premier rang desquelles les croyances religieuses. L’une des deux Sœurs est d’ailleurs une théologienne de renom, qui travaille sur une thèse autour de ce sujet précis et le Rabbin a souvent été son partenaire en matière de discussions théologiques.
When We Were Real est un roman plutôt chouette. Son contexte n’est pas super-original, mais il a le mérite d’être traité ici de façon très « ras du sol », ce qui n’est pas pour me déplaire. Sa galerie de personnages hauts en couleur y est pour beaucoup, mais Daryl Gregory a aussi un attrait certain pour les métaphores foireuses qui ne peut que me parler. Qui plus est, il est plus profond qu’il n’en a l’air, posant mine de rien des questions sur le sens de l’existence, mais aussi sur l’intelligence artificielle, la science et l’éthique.
Si, vous aussi, vous vous demandez parfois si vous vivez dans une simulation (probablement codée par Microsoft, vu son état), lisez When We Were Real. Kudos à Gromovar, ainsi qu’à Cédric, pour la recommandation.


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