Europe, futur beaucoup trop proche. Le climat qui se délite, les institutions étatiques aussi, l’effondrement qui accélère. Demain, les origines est un roman de Christian Chavassieux qui parle de violence, de haine, de guerres, mais aussi de foi, de solidarité et d’humanité.

On y suit plusieurs personnages, parfois anecdotiques, plus souvent des acteurs majeurs de l’époque – même si c’est souvent à leur corps défendant (cette expression n’étant pas qu’une métaphore). Une époque marquée par les catastrophes du dérèglement climatique, mais aussi les guerres et génocides, pendant qu’un petit groupe de scientifiques et d’industriels sans scrupules continuent, dans une relative aisance, des recherches souvent libérées des tabous de l’ancien monde. C’est le clair-obscur duquel surgissent des monstres, pour reprendre l’expression de Gramsci.

Si j’étais taquin, je dirais que Demain, les origines est un roman optimiste: il situe la grande canicule qui marque le premier signe visible de l’effondrement à l’année 2028. Rigole en 2026. Mais en vrai, je n’ai pas trop envie d’être taquin. Le post-apocalyptique est un genre que j’évite de plus en plus, parce qu’il s’apparente de moins en moins à de la science-fiction et celui-ci tape vraiment trop près de mon petit confort. S’il n’avait pas été parmi les nominés du Prix Planète-SF des blogueurs, j’aurais sans doute fait l’impasse.

Je dois cependant dire que si la lecture a été difficile et souvent déprimante, je ne l’ai pas regretté. Il y a quelques idées très intéressantes, beaucoup de recherches qui rendent l’ensemble crédible, des péripéties prenantes et des personnages somme toute plutôt attachants. J’ai apprécié les nombreux passages qui mettaient en avant la coopération et la solidarité entre les survivants.

Je suis beaucoup, mais alors beaucoup moins fan de certaines scènes de cruauté qui, de plus, sonnent souvent gratuites, voire cliché. Ça a un côté « dârque pour faire dârque », à la limite du complaisant.

Je n’accroche pas non plus aux avancées scientifiques ahurissantes qui apparaissent au long du chemin; l’idée que la science puisse progresser aussi vite en moins d’un demi-siècle et au milieu des guerres et des pénuries, couplées à l’effondrement des systèmes d’éducation, me semble peu crédible.

Un autre aspect qui me dérange, plus anecdotique, ce sont les noms des lieux, qui mélangent vraies nations et fausses villes (par exemple, la France et Carcosa). Ça casse le côté réaliste du reste du contexte – et le fait de poser une ville qui s’appelle Terruel en Suisse (ou pas loin) me fait un chouïa grincer des dents.

Enfin, il y a la structure du bouquin. Enfin, des bouquins. Parce que si Demain, les origines est ici un ouvrage de près de 600 pages dans sa version papier, c’est en fait la compilation de plusieurs ouvrages écrits par Christian Chavassieux en prologue à d’autres de ses romans, comme Mausolées ou Les Nefs de Pangée. Et comme je ne les ai pas lu, je ne l’ai appris qu’en faisant quelques recherches avant d’écrire cette chronique.

Ça explique le côté pas mal décousu, parfois frustrant de cette fresque. En la lisant, je me suis souvent dit « voilà un bouquin que j’aurais peut-être préféré lire en plusieurs volumes ». Et ça explique aussi une vague impression qu’il y avait plus derrière le contexte, avec notamment des clins d’œil pour initiés.

Je dis beaucoup de mal, mais si je pense que Demain, les origines a objectivement quelques défauts, c’est surtout un bouquin qui n’est pas fait pour moi. Ah, critique de SF: plus qu’un métier, un sacerdoce! Mais bon, si vous êtes plus amateur de post-apo que moi (et moins sensible et l’air du temps, peut-être), c’est un roman tout à fait recommandable.

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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