“Fables”: belles fées gore

Bon, j’admets que le titre est juste une excuse pour faire un jeu de mot foireux qui me trottait dans la tête depuis un moment. Jeu de mots néanmoins plus ou moins en rapport avec le sujet, car Fables, de Bill Willingham, est une série américaine en bandes dessinées, qui raconte l’exil de créatures du monde des contes de fées dans notre univers à nous.

Et, même si on y croise Boucle d’Or, Blanche-Neige, le Prince Charmant et le Grand Méchant Loup, ce n’est pas exactement du Disney: ça flingue à tout va, ça baise aussi pas mal, merci pour eux, ça grenouille beaucoup (surtout un certain prince) et, surtout, ça se prépare à une guerre face à un Adversaire inconnu, qui a pris le contrôle des terres féériques.

Je viens de finir les neuf volumes reliés qui existent à ce jour en anglais et c’est du tout bon. Il y a un vrai travail sur les personnages et leur insertion d’un monde de contes de fées vers un monde contemporain, qui va au-delà de la simple caricature. Loin des histoires manichéennes de papa Walt (et probablement plus proches des histoires originelles), tout le monde y est un peu gris, mais sans être terne. L’histoire est également au niveau et c’est un vrai régal.

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“Excession”, de Iain M Banks

Le vol de retour, entre Nairobi et Amsterdam, m’a non seulement permis (selon toute vraisemblance), d’attraper la tourista à laquelle j’avais jusque là échappé lors de mon séjour en Tanzanie, mais aussi de finir Excession.

Excession est un des ouvrages de science-fiction de Iain M Banks, qui se déroule dans l’univers de la Culture (lien en anglais). La Culture est une gigantesque civilisation galactique, principalement humaine, dont les caractéristiques majeures sont d’être parvenus à un niveau de bien-être matériel global (à peu près tout ce qu’ils veulent, ils peuvent le construire à coups de nanotech) et d’intégrer des intelligences artificielles (drones et, surtout, vaisseaux). Dans le livre, cette civilisation se retrouve confrontée à un événement qui la dépasse complètement, ce qui réveille un certain nombre de vieux complots et de plans absurdes.

C’est, jusqu’à présent, un des meilleurs ouvrages de Banks que j’ai lu. À vrai dire, si j’aime beaucoup l’univers de la Culture, j’avais eu tendance à préférer ses ouvrages en dehors (The Algebraist ou Against a Dark Background). Ce que j’aime particulièrement, c’est qu’une fois libérés des contingences matérielles, l’auteur peut plus facilement se concentrer sur le côté “humain” de ses personnages — même les intelligences artificielles. Ça n’empêche pas les grosses bastons interstellaires et les bricolages hypertechnologiques à grand spectacle, mais c’est principalement pour le décor. L’essentiel est ailleurs.

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Yann et Conrad, les héros de mon enfance

Quand j’étais petit, je lisais Spirou. À vrai dire, j’ai continué à lire Spirou pendant très longtemps; j’ai, chez moi, un gros coffre en bois qui contient plusieurs centaines de numéros de l’hebdomadaire, depuis (en gros) le 1770 jusque vers le 2350. Si j’ai arrêté de lire Spirou, c’est à cause de Yann et Conrad.

OK, ce que je viens de dire est en fait très malhonnête: j’ai surtout arrêté de lire Spirou parce qu’il n’y avait plus Yann et Conrad! Ces deux zigotos, apparus quelques années auparavant, avaient apporté un grain de folie quasiment punk dans les pages de l’hebdomadaire — à une période qui correspondait exactement avec ma crise d’adolescence; surprise…

On connaît aujourd’hui Yann et Conrad surtout pour leur série “Les Innommables”; on sait moins qu’elle a débuté dans Spirou, sous le titre “Matricule Triple Zéro”. Un monument: en fait, elle commence sous le titre “Chuck Willis”, une sorte de clone du Buck Danny des années 40, militaire américain à la mâchoire carrée… qui se fait dégager dès la deuxième case de la série, pour laisser la place aux trois tarés que l’on connaît. Ce premier album est un chef d’oeuvre d’humour burlesque; la première incarnation de “Shukumei” également (pas celle parue en album); après, la série devient plus trash, plus sérieuse aussi, nettement moins drôle à mon goût.

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Iron Man: Hypervelocity

En général, je n’aime pas les comics de superhéros, à de rares exceptions près (Watchmen, The Authority et quelques autres). J’ai pourtant ramassé Iron Man: Hypervelocity et, soyons clair: ça déchiquete! C’est le nom d’Adam Warren (Dirty Pair, Grunge: The Movie, etc.), au scénario et au découpage, qui m’a attiré et… la vache!

L’histoire, qui peut paraître anecdotique face au déferlement de combats à haute vitesse et d’armes de destruction massive, est néanmoins bien tordue: à la suite d’une attaque sur son labo, le nouveau prototype d’armure d’Iron Man s’enfuit toute seule, avec une partie de la personnalité de son créateur, Tony Stark. On a donc une armure vide, qui contient une persona artificielle incomplète et, qui plus est, est attaquée de l’intérieur par un virus qui prend les traits d’un fantasme masculin.

Le titre ne ment pas: ça va à Mach beaucoup, avec tous les fétichismes habituels de Warren: ultratechnologie militaire, transhumanisme et intelligences artificielles, gros logos lumineux, créatures hypersexuées, bagarres survitaminées et humour décalé à base de références geek et pop-culture. En plus, non content d’être une course-poursuite spectaculaire, l’histoire reste lisible. Adam Warren maîtrise clairement son sujet.

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“L’instinct de l’équarisseur”, de Thomas Day

Sur Sherlock Holmes, on a beaucoup écrit, beaucoup dit et beaucoup filmé; difficile de trouver quelque chose d’original sur le sujet. Pourtant, L’instinct de l’équarisseur, de Thomas Day, parvient à créer la surprise en partant du principe suivant: et si Arthur Conan Doyle racontait, par le biais des aventures que l’on connaît, les chroniques d’un univers parallèle, regorgeant de technologie bizarroïdes dans le plus pur style steampunk?

Et si, surtout, le Holmes qui y réside était un individu si hors norme que son alter-ego romanesque, aussi outré soit-il, n’en est qu’une pâle copie, édulcorée pour ne pas choquer les sensibilités victoriennes? Car le Sherlock Holmes de Day n’est rien de moins que l’assassin royal, chargé par la reine Epiphany I d’éliminer les criminels les plus monstrueux de Londen.

Assez de l’histoire, qu’en est-il de l’ouvrage? En résumé, je dirais “Sympa, mais.” Autant j’aime beaucoup la remise en question du mythe Sherlock Holmes et le côté steampunk allumé de l’univers parallèle dans lequel il évolue, autant le style d’écriture finit par m’agacer.

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Blog bédé, blog francé

Je ne sais pas à quel point c’est une tradition, mais je viens de m’apercevoir qu’hormis ceux de mes potes, les seuls blogs en français que je suis sont des blogs bédé. En général, ça donne des choses plutôt décalées, qui mélangent allègrement rêve et … (Article incomplet, en attente de reconstitution)

“Les Enchantements d’Ambremer”, de Pierre Pevel

« Les enchantements d’Ambremer », de Pierre Pével

Il y a quelques semaines, j’étais tombé, en librairie, sur ce petit bouquin qu’est Les enchantements d’Ambremer, signé Pierre Pevel, dont la quatrième de couverture avait alléché le fan de Castle Falkenstein qui sommeille (que d’un œil) en moi. J’ai fini par l’acheter et le lire en quelques heures et je ne regrette pas l’investissement modique.

 

Harry Potter: les fins auxquelles vous avez échappé

Oui, je l’ai lu. Oui, il est très bien. Non, je ne vous dirai pas comment ça fini; par contre, je peux vous dire comment ça ne finit pas … — “Mon nom est Harry James Potter, tou as toué mon père, prépare-toi à mourir!” — “Lève-toi, Darth Potter!” — “Rosebud.” … (Article incomplet, en …

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La science fiction, littérature du présent

Je viens de lire The Progressive Apocalypse and Other Futurismic Delights, un article de Cory Doctorow (qui sévit, entre autres, sur BoingBoing), qui parle, entre autres choses, de la différence entre science-fiction et futurisme. L’article est en anglais, … (Article incomplet, en attente de reconstitution)

Nextwave

Je demande ici-même, solennellement, que Warren Ellis soit enfermé immédiatement dans un institut psychiatrique spécialisé dans les cas désespérés (auteurs de jeu de rôle, fans de Microsoft et autres) ou alors élu président à vie de l’univers. Ou les deux.

La raison de ma demande tient en un mot: Nextwave.

En un mot, c’est de l’essence de comics de superhéros: des héros complètement déjantés, des ennemis absurdes, des situations invraisemblables et des combats qui partent dans tous les sens. L’histoire: un groupe de superhéros au service d’une organisation antiterroriste découvrent que cette dernière est financée en sous-main par une cellule terroriste — et que leur hiérarchie s’en tape. Du coup, ils reprennent leur indépendance et partent tabasser des lézards géants en slip mauve, des hommes-broccolis et des koalas tueurs.

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“Heirs of Empire”, de David Weber

Je viens de finir Heirs of Empire, de David Weber, le zigoto qui a déjà commis les Honor Harrington. C’est le troisième tome d’une œuvre de jeunesse qui est appelée “trilogie de Dahak” et qui raconte comment les Terriens héritent des cendres d’un empire interstellaire tout en se frittant une menace majeure.

Si le premier tome offre, avec le personnage principal, un bel exemple de Mary Sue, le deuxième donnait dans la bataille spatiale gargantuesque façon E.E. “Doc” Smith et le troisième, lui, se lance plutôt dans la fantasy, avec quatre cadets qui se retouvent sur une ancienne planète impériale retournée à une technologie médiévale.

Soyons clair: si vous n’aimez pas le style de David Weber, vous n’allez pas aimer cette série! Si vous trouvez chouettes les Honor Harrington, vous allez sans doute aimer (même si le premier tome sent quand même très fort le péché de jeunesse). Si vous ne connaissez pas, attendez vous à tomber dans de la SF militaire sympatoche, mais pas complètement décapsulante non plus.

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“Traité de savoir-survivre par temps obscurs”, de Philippe Val

J’aime beaucoup Philippe Val. Pour ceux qui ne connaissent pas — et qui, au vu du barouf médiatique de ces jours, vivent sans doute sous un caillou très bien isolé –, il est directeur de Charlie-Hebdo. À côté des dessins pipi-caca qui tapent, en vrac, sur la droite, les cons et les intégristes de tous poils, Charlie compte un nombre inquiétant d’éditorialistes de grand talent; Philippe Val est de ceux-là. J’ai toujours beaucoup de plaisir à lire ses éditos et, lorsque j’ai appris la sortie de son Traité de savoir-survivre par temps obscurs (Grasset, 240 p.), j’ai filé l’acheter.

Je m’attendais à y trouver quelques chroniques, à l’image de ses articles; j’ai été déçu. En bien. Ce Traité (qui me réconcilie quelque peu avec les traités, après ma précédente expérience) est à mi-chemin entre le pamphlet politique et l’ouvrage de philosophie bien costaud, le modèle pour barbus.

Il part sur la thèse que toute l’histoire de l’humanité repose sur une constante lutte entre “l’espèce”, qui représente les lois naturelles (l’instinct de survie, de reproduction, de sélection, de mort) et la culture ou la civilisation, qui tentent de donner un sens à la vie des hommes. Ce n’est pas très compliqué (à vrai dire, un des reproches que je ferais à cette théorie est qu’elle est justement trop simple, mais bon…) au départ, mais ça implique pas mal de mécanismes complexes, que l’auteur décortique à travers un certain nombre de ses auteurs fétiches: les Épicuriens, Spinoza, Freud.

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Harry Dickson : une étude en pulp

Profitant de presque un mois de repos forcé, je me suis relu, à la suite, tout ce que j’avais en Harry Dickson, à savoir les huit tomes de la bande dessinée de Christian Vanderhaeghe (scénario) et Pascal J. Zanon (dessin), aux éditions Dargaud, et la dizaine de livres de la collection Librio, qui contiennent chacun deux histoires.

Questionable Content: un webcomic qui mord!

Je me plais à penser que, dans quelques décennies, les historiens et les anthropologues qui essayeront de décrypter l’esprit de notre début de 21e siècle auront une masse de sources émanant de la culture populaire. Parmi eux — en admettant qu’Internet ne se volatilise pas d’ici là, suite à un bradage mercantile ou à la dernière version de Windows (ce qui, pratiquement, revient un peu au même) — des webcomics tels que Questionable Content.

QC est un webcomic dans la veine de Something Positive: explorant la vie et les amours (enfin, principalement les histoires de cul) de post-adolescents américains. On y trouve la goth décomplexée, l’ex-goth à la culture générale d’huître morte, la fille qui se trouve un peu trop grosse et qui boxe tout le monde, la blonde maniaque (à vrai dire, à peu près tout le monde a des problèmes psychologiques majeurs, dans cette histoire). Ajoutez au mélange un pauvre type, qui se retrouve au milieu d’une figure amoureuse non-euclidienne (il déclarera même, à un moment, avoir l’impression de se retrouver dans un épisode de Tenchi Muyo), ainsi qu’un ordinateur anthropomorphe irresponsable et quelque peu psychotique.

La grande force de QC n’est pas forcément son dessin — qui, soyons honnête, est au début franchement hideux. Elle tient plus dans la caractérisation des personnages et, surtout, dans des dialogues percutants, avec des vrais morceaux de sarcasme de rock indépendant dedans (ces derniers faisant quand même figure de private jokes pour initiés). J’apprécie particulièrement les lois de la mécanique fétichiste quantique, qui affirment que, si vous avez l’idée d’une perversion sexuelle, aussi absurde soit-elle, quelqu’un y a déjà pensé avant vous et il y a de bonnes chances qu’il existe déjà un site Internet sur le sujet.

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Elfquest: The Discovery

Elfquest: The Discovery

Je connais quelqu’un qui va faire des petits bonds partout quand il va lire cela: oui, il y a un nouvel Elfquest qui est sorti: The Discovery.

Pour ceux qui ne connaissent pas et qui devraient aller s’enterrer de honte, Elfquest est une bande dessinée américaine avec des Elfes.
Bon, rien que ça devrait faire fuir une bonne dose des enquiquineurs.

Et donc, ce Discovery, ça parle de quoi? En gros et en très résumé, de deux tribus qui se rencontrent et des problèmes que ça occasionne. On ne va pas rentrer dans les détails: des enfants nous lisent peut-être.

Le bon côté, c’est que c’est un nouvel Elfquest — et que même si le précédent ne date pas de si longtemps que ça, ça fait quand même plaisir à voir. Ce d’autant plus que Wendy Pini dessine toujours aussi bien et que, pour une fois, la production n’est pas desservie par du papier qui semble avoir déjà été utilisé plusieurs fois pour des motifs peu ragoûtants.

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“Le long dix-neuvième siècle”, d’Eric Hobsbawm

La lecture de cet hiver a été pour moi la “trilogie”, dite du “long dix-neuvième siècle”, par Eric J. Hobsbawm: The Age of Revolution, The Age of Capital et The Age of Empire. Ce n’est pas de la fiction, mais de vrais bouquins d’histoire bien carrés, un panorama synthétique de la période 1789-1914.

J’avais déjà lu, de cet auteur, son histoire du “court vingtième siècle”, intitulé L’Âge des Extrêmes; cette trilogie la précède (comme il se doit) et on y retrouve pas mal des traits communs de Hobsbawm: beaucoup de statistiques, pas mal de citations (souvent assez obscures, mais qui posent bien l’ambiance), un langage pas forcément évident, mais très agréable à lire et pas dénué d’humour (so British…). On notera aussi que l’auteur se définit volontiers comme un historien marxiste, il ne faut donc pas trop s’étonner des quelques élans de sympathie gauchiste qu’on y trouvera.

Mais, à mon avis, tout ça n’enlève rien à la valeur des ouvrages, qui couvrent la période de la façon la plus globale possible, touchant à toutes les facettes de la période: économie, politique, social, idées, arts. C’est là sa grande force.

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L’athée à l’amende: “Traité d’athéologie”, de Michel Onfray

Étant d’un naturel taquin, j’ai embarqué à Rome le Traité d’athéologie, de Michel Onfray; je pensais profiter de ces vacances pour terminer cet ouvrage, que j’avais mollement commencé, il y a quelques mois. Je dis “mollement” parce que j’en avais fini l’introduction avant que le reste de l’univers décide de s’interposer — et c’est par définition le genre d’ouvrage que j’évite de lire au bureau, car je suppose que l’œcuménisme a ses limites (c’est pour les mêmes raisons que j’évite souvent d’être trop ostensible avec certaines couvertures de Charlie-Hebdo…).

En fait, il se lit plutôt vite: une petite poignée d’heures ont suffi pour en venir à bout. Et pour se rendre compte qu’il y a quelque peu tromperie sur la marchandise: faute d’un réel traité, on a plutôt affaire à un pamphlet.

Bon, l’affirmation est sans doute un peu exagérée: l’ouvrage n’est pas sans mérites scientifiques, mais, tout au long de sa lecture, la forme interpelle plus que le fond: Michel Onfray est un athée de combat, un athée pratiquant. Un passionné — passionnant, certes, mais souvent agaçant dans son prosélytisme. Et c’est vraiment dommage: le Traité d’athéologie fourmille de bonnes idées, se lit facilement et on a du mal, si on a un semblant d’intérêt pour la chose religieuse et un esprit un tant soit peu critique, à ne pas se laisser emporter par ses arguments.

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