Vous avez remarqué qu’Internet, c’est un peu devenu de la merde en barre? Et si vous êtes là, comme moi, depuis plusieurs décennies, que c’est BEAUCOUP devenu de la merde en barre? Vous n’êtes pas seul: Cory Doctorow aussi et c’est pourquoi il a écrit cet essai, Enshittification.
Oui, c’est bien lui l’inventeur de ce terme (« merdification » dans la langue du Minitel) et, dans ce récent bouquin, il s’attèle à décortiquer les mécanismes, les conséquences et les remèdes pour ce qui semble être l’épidémie de la décennie. C’est d’ailleurs sous l’angle de l’épidémie qu’il entreprend sa tâche.
Et, du coup, la partie sur les symptômes et l’épidémiologie est à peu près aussi ragoûtante qu’un épisode de House en mode turbocracra. Les pratiques des différentes plateformes – Facebook, Uber, Amazon et même Apple – vont du burlesquement stupide au crime contre l’humanité, en passant par l’avidité aveugle et l’illégalité pure et simple. Parfois tout ça à la fois.
J’insiste un peu là-dessus, mais si cette partie du bouquin ne vous donne pas envie de tout cramer, soit vous l’aviez déjà avant, soit je ne peux plus rien faire pour vous (et, bordel, qu’est-ce que vous foutez encore sur mon blog de gauchiste?).
Enshittification ne se contente cependant pas de faire un inventaire du feu de poubelle qu’est devenu Internet. D’abord parce que le feu de poubelle s’est largement propagé en dehors d’Internet. Mais aussi parce qu’il s’intéresse aussi aux solutions possibles; le sous-titre est d’ailleurs « Pourquoi tout est soudainement devenu pire et que peut-on faire contre ».
Quelque part, cette dernière partie du bouquin est peut-être la moins convaincante de l’ensemble, en tout cas vue des yeux d’un Européen (ou d’un non-Américain). En effet, beaucoup des éléments que mentionne Cory Doctorow sont surtout pertinents aux USA – et encore, après une année et demi de trumpisme débridé, on se rend compte qu’à peu près tout est possible, y compris le pire, même et surtout si c’est absurde.
J’ai aussi l’impression qu’il a une vision un peu optimiste de l’Union européenne, mais je veux bien lui laisser le bénéfice du doute: vu qu’il y a été lobbyiste pour l’EFF pendant pas mal de temps, il connaît sans doute l’organisation mieux que moi. Encore que j’ai l’impression que, là encore, l’Agent Orange a pas mal pollué l’ambiance.
Dans l’ensemble, je recommande chaudement cette lecture, mais mieux vaut être prévenu: ça va sans doute vous énerver, ce n’est pas complètement évident à lire (le niveau d’anglais est OK, mais ça parle beaucoup de contexte américain, qui est parfois très abscons). Je pense aussi que ça aurait pu être un poil plus court (mais je pinaille).
Mais, par les temps qui courent, comprendre les mécanismes, les enjeux et les remèdes de la merdification, ça ne se refuse pas.


15/07/2026 at 13:25
Je suis tenté de le lire, mais :
1. Je ne sais pas si je vais apprendre grand chose, vu que je suis « terminalement en ligne » (ouh le vilain anglicisme) et fricote avec des geeks et nerds gauchistes encore plus terminalement en ligne que moi.
Comme tu le dis, Doctorow ne sait pas faire bref. Ses threads à rallonge sur les réseaux sociaux ont surtout tendance à m’agacer grandement (au point que j’ai arrêté de le suivre, je me contente de lire son blog de temps à autres).