Il y a fort longtemps, j’avais vu passer sur le site de Framasoft une interview de Margaux Lallemant et Timothé Bodo, le duo derrière L’Amour en commun. Et je me suis dit que ça ferait un bon ouvrage de référence pour Erdorin:2300. Je n’avais pas tort, mais je n’imaginais pas où il allait m’embarquer.

L’Amour en commun est un essai qui, à la base, parle des liens affectifs – amoureux, mais pas que – entre personnes au-delà du couple nucléaire classique. Sauf qu’assez rapidement, il va parler de beaucoup plus de choses: de notre lien avec le vivant et du capitalisme. Parce que, bien sûr, tout est de la faute du capitalisme.

Bonjour, mon nom est Alias et je suis un sale gauchiste. Donc, oui, bien entendu que tout est de la faute du capitalisme.

Plus sérieusement, il est assez évident que L’Amour en commun est un ouvrage écrit par des militants et qu’en conséquence, il a un propos militant. Mais il est aussi écrit par des militants qui citent leurs sources. OK, le fait que, parmi ces sources, figure en bonne place le très regretté David Graeber a fait beaucoup pour me les rendre immédiatement sympathiques.

Le truc, c’est que si, effectivement, l’ouvrage traite des rapports entre personnes, il va également bien plus loin. En fait, il parle beaucoup d’imaginaire. Ou d’imaginaires, pluriel.

Il commence déjà par démontrer que l’amour et le couple sont avant tout des constructions sociales, basées sur un imaginaire profondément patriarcal et créé, ou à tout le moins renforcé, par le libéralisme économique ces deux derniers siècles. Et que, du coup, si des formes d’associations autres sont possibles, elles sont très limitées par les normes sociales, économiques et légales de nos sociétés.

Mais il embraie également sur un sujet tout aussi passionnant: notre rapport à la nature et, plus précisément, au vivant non-humain. En montrant que c’est quand même beaucoup une question de propriété. La nature est vue comme un ensemble de ressources et même nos animaux domestiques n’ont d’existence légale qu’en tant que notre propriété.

Une troisième partie est consacrée aux différentes expériences de société en dehors des sociétés marchandes, en tentant de voir en quoi elles pourraient un terreau pour penser différemment l’amour. L’une est la piraterie au début du XVIIIe siècle et l’autre à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes; autant spoiler tout de suite, ce n’est pas très brillant, même si ça ouvre des portes.

En épilogue, L’Amour en commun propose une sorte de nouvelle d’anticipation poétique. Qui, je dois dire, m’a laissé un peu froid. La faute sans doute à une forme trop déconstruite.

Si j’ai plutôt bien aimé L’Amour en commun, j’ai été pas mal désarçonné par sa tendance à sauter du coq à l’âne. OK, pas tout à fait, il y quand même des liens entres les différentes parties, mais j’ai eu souvent l’impression qu’autrice et auteur ont soudainement pensé à un truc et l’ont intégré dans le bouquin, parce que raisons.

Disons que je n’y ai pas forcément trouvé toutes les réponses que j’y cherchais, mais ça m’a donné des pistes très intéressantes – et pas forcément pour ce sur quoi je l’avais pris pour commencer.

Mais si vous vous intéressez à la sociologie des liens amoureux, je ne peux que vous encourager à y jeter un œil. Bonus: il est distribué sous licence Creative Commons (CC-BY-SA) et téléchargeable gratuitement.

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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