Je pense que pour les lecteurs de BD de ma génération (#TeamVieux), il y a eu un avant et un après Gotlib. Il est quelque part logique qu’il existe une biographie en BD, sous-titrée Une vie en bandessinée.

Né un quatorze juillet dans une famille de juifs hongrois exilés à Paris, le petit Marcel connaît la guerre et découvre très tôt le dessin. Influencé par le magazine MAD et par Tex Avery, il va passer une grande partie de sa carrière à dynamiter les codes de la bande dessinée franco-belge. D’abord chez Pilote, avec la complicité de René Gosciny, puis en lançant L’Écho des Savanes et Fluide Glacial.

Pour cette biographie, les auteurs (Julien Solé – fils de Jean – au dessin et Arnaud Le Gouëfflec au scénario) ont choisi une forme volontairement surréaliste, jouant avec des codes utilisés par Gotlib lui-même. On a parfois l’impression de lire une Rubrique-à-brac autobiographique, multipliant les divers clin d’œils à son œuvre.

Ce qui n’empêche pas quelques moments poignants, comme cette séquence où, enfant, il s’imagine sous les traits d’un cow-boy, protégé par son père dont l’étoile de shérif se confond avec un autre type d’étoile jaune. En 1942, ce père monte dans un train pour l’Allemagne; il ne reviendra pas.

Passées ses années de jeunesse, il se lance enfin dans le dessin et dans la bande dessinée. On découvre alors un Gotlib bourreau de travail, qui passe ses vacances à dessiner les scénarios de Gosciny pour les Dingodossiers. Comme le dit le personnage: « On n’a pas encore nommé le burn-out que j’ai déjà inventé le concept. » Et puis vient le doute et, finalement, l’envie de renverser la table. Ça sera L’Écho des Savanes, fabriqué de façon artisanale, puis Fluide Glacial.

L’histoire aborde également son animal-totem, la coccinelle, et les dernières années de sa vie, marquées par une panne d’inspiration majuscule. Il est l’une des nombreuses victimes de l’année 2016, mais Gotlib, une vie en bandessinée le fait renaître dans une fresque où le réel et la légende se côtoient. Si vous aimez Gotlib, ne la manquez pas. Et même si vous ne l’aimez pas, parce que ça signifie que vous avez raté un truc.

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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