Naomi est une yakuza. La seule de son clan. Et pour cause: elle vit dans une casse auto, entre Dauphiné et Provence. Au moment où commence Chien•ne•s de la casse, le nouveau roman de Lizzie Crowdagger, elle se fait tabasser par trois malfrats pour des raisons mal définies, mais qui peuvent en partie se résumer par « ne sait pas la fermer ».

En partie seulement: l’histoire est plus compliquée et implique des notables locaux aux ambitions inversement proportionnelles à leurs scrupules. Face à ces notables et à leurs sbires, Naomi va se retrouver au milieu d’une coalition composée de punks à chiens (y compris sa tante, punk à chiens professionnelle, ou peu s’en faut), de militants de gauche et de personnes sur une bonne partie du spectre LGBT+ – Naomi elle-même est trans.

Pour une fois, cette histoire ne contient pas de vampires, de sorcières ou de démons – encore que, mais ne spolions pas. Elle contient cependant son lot de gauchistes qui affrontent les forces du Grand Capital (de province, certes, mais bien réac quand même). Elle contient surtout une protagoniste qui s’est inventé une vie et s’est créée une famille, tout en n’étant pas toujours très sûre d’elle-même. Et pas toujours très pertinente dans ses choix.

Et, somme toute, c’est assez rafraîchissant d’avoir un personnage qui ne sait pas toujours ce qu’elle fait, mais qui va le faire quand même parce que c’est ce qu’elle pense être juste. Ou parce que ça lui paraissait être une bonne idée à la base. Oui, c’est vrai que les héros de films d’action font souvent ça, mais Chien•ne•s de la casse n’est pas un film d’action. Pas vraiment.

Et puis il y a aussi la forme, avec des chapitres finaux qui prennent des formes inattendues, comme une pièce de théâtre en vers, ou un glossaire qui apporte également des éléments de contexte à l’histoire.

Comme ce n’est pas, et de loin, le premier roman de Lizzie Crowdagger que je lis, je savais (un peu) à quoi m’attendre, mais c’est clair que si on n’est pas un minimum prévenu, le côté polar-thriller-gauchiste-queer peut surprendre. Pour ma part, je l’ai trouvé vraiment amusant, avec pas mal d’idées marrantes. Le contexte et le genre – sans jeu de mot – sont aussi plutôt originaux.

Chien•ne•s de la casse est disponible sur le site de l’autrice, entre autres; la version numérique à prix libre.

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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