De Mathieu Bablet, j’ai coutume de dire qu’il fait les meilleures BD que je n’ai jamais envie de relire. Son dernier opus, Silent Jenny, est un peu dans ce ton.
Ambiance post-apo, avec une planète devenue aride, où la vie animale semble avoir disparu et où subsistent quelques îlots d’occupation humaine: une poignée de ville et avant-postes, des peuplades nomades, mais aussi des grandes tours abritant Pyrrhocorp, la dernière entreprise.
Dans ce monde, Jenny est une microïde: une sorte de mercenaire dont le travail est de retrouver des abeilles. Pour cela, elle dispose d’une technologie qui lui permet de rapetisser et de fouiller certains vestiges enfouis. Si elle travaille pour Pyrrhocorp, elle fait également partie d’une monade, une communauté mobile qui rappelle un peu le Château ambulant mis en images par Miyazaki.



Silent Jenny, c’est le croisement de plusieurs fils narratifs: la quête initiale de Jenny, pour retrouver des abeilles encore en vie, puis une sorte de fuite en avant toujours plus profondément dans l’infiniment petit, à la recherche de la paix, ou la mort, peut-être?
C’est aussi la vie de la monade, qui vit sous la menace constante des éléments et de certaines tribus hostiles, sans parler de l’usure des pièces mécaniques ou la recherche de nourriture et d’eau. Une société en apparence progressiste, mais qui cache en son sein des failles plus profondes qu’il n’y paraît.
Et puis il y a Pyrrhocorp, une anomalie absurde, un reste de vie corporate dans un monde qui, visiblement, n’a pas besoin d’eux et qui semble fonctionner au moyen d’une bureaucratie ubuesque.
Certains croisements tiendront plus de la collision que d’autre chose.
Tout ceci, Silent Jenny le raconte dans un énorme volume de plus de 300 pages, constellé d’éléments graphiques incongrus, comme des notices de sécurité ou des dessins d’enfants. Il y a aussi des cartes topographiques qui mettent en lumière un monde à l’abandon.
Graphiquement, c’est impressionnant, même si je ne suis toujours pas fan du style de Mathieu Bablet. Disons que ses paysages sont impressionnants, mais les personnages semblent être eux aussi faits de pierre aride. Narrativement, ça pourrait être très déprimant – et ça l’est parfois – mais il reste toujours un fond d’espoir. Probablement à court terme, mais il existe.
J’avoue, j’ai failli ne pas chroniquer Silent Jenny – comme je n’ai pas chroniqué Shangri-La, que j’avais trouvé très déprimant. Mais je me suis quand même replongé dans ce tome et j’ai pu y trouver des éléments plus positifs que je ne l’avais craint. Soyons franc, ce n’est pas turbo joyeux, mais c’est moins noir que beaucoup de post-apo.


17/03/2026 at 09:03
Ah bah, 300 pages de personnages moches à mourir. Et en plus c’est déprimant. Pfou… t’es courageux.
Note: le premier thumb est microscopique, si jamais.
17/03/2026 at 09:10
Ben tu vois, je pensais pareil après ma première lecture, mais je suis plus nuancé en l’ayant relu.
17/03/2026 at 12:52
Je n’ai pas encore lu celle-ci mais je sais déjà que mon avis sera très proche du tien tant on pourrait le résumer en : Mathieu Bablet fait du Mathieu Bablet – ce qu’on ne peut clairement pas lui reprocher et ce qui n’est pas franchement une mauvaise nouvelle.