La science-fiction, un vocabulaire de l’avenir

Décidément, j’aime bien Cory Doctorow quand il parle de science-fiction. Son dernier article sur Locus Online, intitulé A Vocabulary for Speaking about the Future, est un excellent complément à un texte dont je vous avais précédemment parlé sur la science-fiction en tant que littérature du présent.

Son point de vue est que, si on croit que les auteurs des science-fiction s’essaient à prédire l’avenir (volontairement ou non), c’est le plus souvent le contraire. L’avenir n’est pas une sorte de train sur une voie unique qui ne peut qu’avancer dans une direction. Les auteurs de SF dénoncent, inspirent, exposent; ils mettent en avant les désirs et les craintes contemporains dans des histoires qui se déroulent dans un avenir fictif.

En fait, la science-fiction – et c’est là le cœur de l’article de Doctorow – crée ces futurs possibles en les mettant en forme. Parfois, elle le fait même en créant des mots qui n’existaient pas auparavant (il mentionne “orwellien”, mais on peut aussi parler de “robots”); à ce sujet, on peut également se rapporter à un article de io9, qui référence dix mots qui viennent de la science-fiction.

Quand on écrit de la science-fiction (même à un niveau semi-touriste, comme moi), c’est quelque chose qui est à mon avis important de garder à l’esprit. Si on a un chouïa de sensibilité, c’est sans doute quelque chose que l’on fait naturellement; sans vouloir me jeter des fleurs, je peux citer au moins trois thèmes contemporains dans Tigres Volants. Sinon, je pense que c’est ce qui différencie un ouvrage marquant d’un simple bouquin de SF lambda.

Je me demande d’ailleurs si ce n’est pas quelque chose que l’on pourrait également transposer au médiéval fantastique. Si ça se trouve, la raison pour laquelle je n’aime pas/plus ce genre tient peut-être à ce qu’il ne me parle pas du présent comme la SF le fait.

(Photo par Jhayne Holmes via Flickr sous licence Creative Commons Noncommercial)

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10 réflexions au sujet de “La science-fiction, un vocabulaire de l’avenir”

  1. “[…]si on croit que les auteurs de science-fiction s’essaient à prédire l’avenir (volontairement ou non), c’est le plus souvent le contraire.”
    C’est à dire ? C’est l’avenir qui s’essaie à prédire les auteurs de science-fiction ? 😛

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    • L’inverse, plutôt, les auteurs de science fiction modifient l’avenir.

      On ne peut pas nier le rôle étique de la science fiction. On explore les possibles, on pousse les concepts jusqu’à leurs paroxysme.

      La technologie, et l’anticipation bien sûr, sont la marque de fabrique de la sf mais pour le reste, elle aborde les même thèmes tout genre littéraire, social, politique, religion.

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      • Ça, c’est l’idéal. Mais pas pour tout, ni tout le temps.

        Ce qui est plutôt heureux, si on considère la Loi de Sturgeon…

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        • Comme je manque parfois cruellement de culture, il a fallu que je recherche la loi de Sturgeon. Merci pour la ref.

          En tout cas, c’est clair, on lit aussi pour s’amuser, faut bien faire exploser quelques vaisseaux, hein, suffit pas de courber l’espace temps…

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  2. J’ai un petit doute pour “genetic engineering” vu que pas mal d’auteurs dans des revues scientifiques s’amusaient à forger le terme en pensant être les premiers à avoir le trait d’esprit (même mon prof de fac s’y était mis…). Je pencherais pour une naissance dans de multiples esprits féconds (auteurs comme scientifiques, indépendamment) qui a très bien pris dans le langage par la suite.

    Sinon, pour rebondir sur ton billet, as-tu lu “Wastburg” ?

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  3. Je pense que plus que le futur, la [bonne] science-fiction parle d’idées. Comme le dit ZafX c’est une sorte de laboratoire. Je ne suis pas sûr que ce soit toujours pour parler du présent cela dit. Les robots d’Asimov tournent autours d’entités qui sont liées par des lois strictes et contradictoires, est-ce que ce sont des robots ou des membres d’une religion stricte?

    Je n’ai pas le problème d’Alias avec la Fantasy, la limite entre les deux genres a toujours été floue pour moi (et peu intéressante), il y a de la fantasy avec des idées (sociales notamment), et de la science-fiction dénuée de toute idée. Mon principal reproche aux deux genres c’est qu’ils ont souvent tendance à se concentrer sur une idée, une variable, et de ne souvent pas la laisser déborder sur d’autres domaines, idées. Il y a des exceptions heureusement.

    Mon autre reproche, c’est que la qualité de l’écriture est souvent déplorable…

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  4. Dans un registre voisin, je me souviens avoir été marqué en regardant un documentaire sur la création du film Tron (l’original), où son réalisateur expliquait en gros qu’il voyait ces nouvelles technologies (l’informatique) se démocratiser de plus en plus, et qu’il lui a semblé important que les artistes (le cinéma) leur donnent un visage humain (assez littéralement, en l’occurrence) afin que les gens puissent plus facilement se les approprier.

    OK, il s’agit peut-être moins de “créer l’avenir” et plutôt d’accompagner le présent, mais j’ai trouvé la réflexion intéressante, et je me demande dans quelle mesure ce film aura contribué à orienter le développement de l’informatique (après tout, il a une philosophie assez “open-source”, il me semble). Et donc créer l’avenir, dans une certaine mesure.

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